Pâques…. Christ est ressuscité !

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Rien de spectaculaire… Personne n’a rien vu…
Certains disent qu’il est ressuscité….  Des mots ? des sornettes ?
Plus que des mots pour tenter de dire l’indicible : des expériences.
Ou Une (L’) expérience :  celle d’une Rencontre heureuse, d’un Regard joyeux posé sur nous, d’une conviction à l’intime que chacun peut faire dans les bonheurs ou les malheurs de sa vie.
Apprendre à lire la vie. Ça se passe dans le concret des nos existences et de nos relations. Relire aussi ce qui est écrit dans les rouleaux des Écritures.
Ce qui est écrit ne serait que des mots ou des idées si nous en restions à de simples considérations intellectuelles ou spirituelles.

Voici ce que j’ai vu, entendu, lu récemment :

– Philippe, à l’instant par mail, qui annonce le décès de son papa.
Il raconte que lors d’une visite,
« … sur son lit d’hôpital,
Celui qui fut mon père a semblé me reconnaître et se réjouir de cela,
Simplement,
Présence heureusement impuissante,
D’un petit à un autre petit.
Garder en mon histoire,
Ces quelques autres minutes où nous étions avec mes sœurs et ma mère,
Et où, à nouveau, il a ouvert les yeux, nous a regardé et souri.
Ne rien comprendre,
Mais garder cela,
Comme la trace au fer rouge,
Inscrite dans ma chair,
Du petit,
Du fils d’homme,
Qu’était aussi mon père.
Ce petit,
Enfoui, caché,
Qui se dévoile enfin,
Au moment où l’autre Fils,
le Fils unique,
Arrive pour le prendre par la main,
Pour l’aimanter définitivement à Lui,
Pour l’accueillir.
Alors en ce lieu,
À partir de ce lieu,
Celui du total abandon,
Qu’il me soit donné,
Qu’il nous soit donné,
De pardonner,
De te pardonner,
Les ratages conscients et inconscients,
Parce qu’il n’y a que cela que nous puissions faire,
Déliant et reliant avec ajustement,
Dans notre monde, ce qui est aussi dans l’autre,
Pour accepter d’être vivant dans le même corps,
Pour accepter, Papa, que nous devenions frères. »
,

– Jacqueline par téléphone :
En donnant des nouvelles de sa mère de 93 ans, hospitalisée, à sa sœur alors que cette dernière avait rompu les ponts, un timide rapprochement puis une franche présence s’est faite. Elle a assuré sa part dans les visites, les prises en charge. Libération profonde et joyeuse de part et d’autre face à ce lien renoué, ce tissage ravaudé pour la joie de chacune.

– Solange, par téléphone
Elle vient de traverser seule dans son immeuble la maladie du Covid 19. Une épreuve vécue dit-elle dans la confiance ou du moins sans inquiétude. Joie pour elle de s’en être sortie et émerveillement d’aller dans la nature à l’heure creuse de midi pour communier avec la Vie.

– Thérèse qui affronte l’épidémie, seule dans son village, loin de ses enfants. Avec quelle foi en la Vie elle rejoint son potager chaque jour. Du bout de ses 86 ans elle y croit en plantant ses semences, les arrosant de l’eau du ciel patiemment recueillie. Sa foi à elle, c’est en cette vie promise qui sourd de son  jardin et de son poulailler.

Par Facebook, Bernard du village voisin qui écrit :
« Me voilà sorti après 30 jours alité, 23 jours d hospitalisation dont 18 jours en réanimation
Lorsque cette sale maladie est apparue je ne sais pas pourquoi mais j ai eu un pressentiment et j’ ai senti le coup venir.
Toujours est il que lorsque le samedi matin j ai reçu un coup de fil m’annonçant que j étais positif et qu il fallait que je rentre immédiatement à l hôpital, c’est exactement comme si on venait de me donner un grand coup de poing et c’est comme si tout s’écroulait autour de moi sachant que ça n’allait pas être simple, ayant des soucis pulmonaires .
Eh bien en effet ça était très compliqué et j ai eu très peur !
Je veux aujourd’hui et je voulais être complètement sorti d affaire pour communiquer /…/
et Bernard remercie les équipes soignantes, le Dr Raoult, les amis nommés un par un… Il poursuit :
« …Enfin le moment le plus fort a été lorsque à la sortie de la Réanimation j ai eu droit à une haie d honneur de la part de tout le personnel : Inoubliable !
Je terminerai en disant que cette expérience m a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Il faut que ça change et qu on comprennent enfin le rôle fondamental des services de santé et cela doit devenir la priorité des priorités et pour tous . Ce  message aurait pu être un message post mortem, Je suis heureux qu il soit un message vivant…
Amitiés chaleureuse à tous!
La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie !
Que c est beau la vie . »

– Andrée, ma voisine qui vient me dire (de loin !) sa joie de « faire des masques pour tout le village », remettre un chèque pour toutes les courses faites pour elle par mon épouse et cueillir du persil et de la ciboulette qui abondent dans mon jardin. Sourire de connivence et communion simple et humble du quotidien.
… et les autres voisins : le plus proche  qui embellit les abords de sa maison et qui surveille ses trois enfants en même temps avec patience, disponibilité, créativité.
Un peu plus loin, ce couple, tous deux en première ligne comme infirmiers à l’hôpital , laissant transparaître une joie grave d’être au service de la vie. Retrouvailles du soir avec leurs 2 enfants pour les accompagner dans leurs jeux, sur la rue ou dans la prairie. A les regarder de loin, je suis heureux de leur propre bonheur.

– Louis ce jeune de 16 ans qui par Messenger m’envoie une prière pour éloigner le Covid 19. Un envoi qui dit son inquiétude et son insécurité mais aussi sa foi que quelque chose est possible, qu’une lueur peut se dessiner dans le sombre ciel des jours actuels.

– Et ce groupe de  méditants que je retrouve chaque soir sur Facebook . Ils se confondent en remerciements pour Jean Luc, l’animateur (au sens plein du terme : qui remet l’âme et nos vies à leur juste place)  tout heureux lui-aussi de partager l’essentiel qui se dit dans un silence habité.

– Ce message d’un curé, sur un journal italien, qui compatit à la détresse des habitants d’une ville de Lombardie :
« … Chaque petit geste, chaque parole, chaque moment d’écoute devient un patrimoine immensément riche. Je pense que les gens comprennent qu’indépendamment du coronavirus notre monde était devenu fou. Que tout allait trop vite. Ce virus met en lumière toutes les injustices. Aujourd’hui, les médecins, les infirmiers, sous-payés, sont hissés au rang de héros. Mais leur dignité sera-t-elle reconnue après la tempête ? Et qu’en sera-t-il des travailleurs qui ont perdu leur emploi ?Dans notre quartier, 20 % des paroissiens n’ont plus d’argent pour faire leurs courses. Avec la Caritas, nous déployons tous les moyens possibles pour soutenir ces nouveaux pauvres, sans abandonner les autres. Mais il faut aller au-delà de la façade de la solidarité, en apprenant à rester ensemble. Cela vaut pour la vie sociale, économique et ecclésiale. Nous vivons une guerre de survie. Nous la vaincrons si nous redonnons ses lettres de noblesse au concept de l’unité… »

Et je n’oublie pas la montagne qui « crie de joie » pendant cette heure autorisée de déconfinement : le gros lézard vert sur la souche au milieu de la prairie qui boit le soleil , les grillons en contre-bas qui poussent leurs premiers cris printaniers, le lièvre narquois qui continue de brouter à 10-15 m de nous et le chevreuil qui regagne paisiblement le hallier à notre passage.

Apprendre à voir La Vie, Le Royaume de fraternité qui s’inscrit dans le monde, La Lumière qui éclaire les impasses. l’Espérance qui  ouvre des horizons.
Et si c’était cela la Résurrection pour nous aujourd’hui ?
Peut-être qu’en ces temps nous nous fixons comme une idée fixe sur ces expériences du Christ qu’est sa passion, sa mort et sa Résurrection et « oublions » qu’elles sont indissociables de sa vie elle-même… et de la nôtre.
A quoi ça servirait que le Christ soit ressuscité il y a 2000 ans si je ne ressuscitais pas avec lui maintenant ?

Nous voici appelés à devenir des guetteurs-chercheurs-passeurs.

Des guetteurs parce que nous tentons de voir ce qui advient de nouveau dans l’homme et dans le Monde, à l’affût des signes des temps.
Des chercheurs parce que nous ne nous satisfaisons pas, ou plus, du « comme toujours » et de certitudes ou d’habitudes qui nous installent..
Des passeurs parce que nous ne pouvons aller de l’avant, vers l’inconnu seul, sans ceux qui nous entourent. A leur rythme, dans le respect de ce qu’ils sont, vivent et croient. Parce que nous passerons tous ensemble sur d’autres rives, ou nous ne passerons pas.
En conjuguant ces trois figures en nos vies, Christ nous accompagne dans nos humanités.
Nous entrons dans le mystère de Quelqu’un en qui nous habitons et qui fait de nous son propre Corps, ensemble. Une Humanité personnelle et universelle réconciliée en lui.

Le mot qui me vient c’est celui de Passion. Avec une invitation à le prendre dans toute sa signification :
– Passion, ce qui fait souffrir
– et passion ce qui me met en route à travers quelques chose qui me plait, me rend heureux, et me permet de m’adonner, me donner,  à cette inclination intérieure.
– Passion de Dieu et passion de l’homme, comme étant tout un.

– La compassion est,  je crois, constitutive de tout être humain. Elle nous donne de « voir », de la vision d’un voyant, si elle est bien investie, la souffrance, les misères, les chagrins, les injustices qui minent les êtres et le Monde.
Mais cette vision nous invite à voir aussi loin et autrement. Comme des chercheurs. Si, dans l’immédiateté d’une réponse que je peux faire pour soulager les personnes, si je ne vois pas la Beauté qui l’habite aussi, si je ne perçois pas cette Beauté qu’elle est appelée, d’une manière ou d’une autre, à faire advenir en elle, par moi aussi, parmi d’autres, alors ma compassion devient simple charité d’un moment, comme ça en passant. Elle fait du bien sur le moment mais aucune Nouveauté ne surgit.
Voir loin le fils ou la fille du Père, au-delà de la personne défigurée, abandonnée ou méprisée aujourd’hui, est un combat, un travail d’accueil de tous les instants.
Comment recevoir cela ? Non jugement, compassion, accueil inconditionnel, sont des portes d’entrée. On le sait. Mais plus profondément se recevoir d’un Autre qui « voit » à travers moi peut se faire par un apprentissage que donne toutes formes de méditation, de regard intérieur, d’inhabitation. Du passant devenir un demeurant.
La compassion est alors active car, en voyant loin la Beauté de Dieu en l’Homme à faire advenir en l’autre blessé et/ou défiguré nous nous posons dans un geste de co-création avec l’Esprit qui œuvre dans le monde. Avec lui nous devenons des passeurs. Nous faisons alors notre pâque à travers et avec nos frères.
– C’est la passion de l’Homme qui se dessine là. Pour faire advenir la pleine Humanité de qui il/elle est. Elle peut nous mettre en souffrance et en désolation face à notre propre impuissance ou face au refus de certains.
Mais cette Passion de l’homme nous met en vérité face à la passion de Dieu, celle qui dit sa soif de l’Homme dans toute sa grandeur.
Elle nous met en intelligence aussi pour Re-susciter la Vie qui se meurt. Elle nous fait sortir des discours convenus, religieux entre autres, pour épouser la condition du frère différent et du fils unique.

Etre guetteurs-chercheurs-passeurs c’est être, en fin de compte, des témoins de la Vraie Vie à laquelle nous invite le Christ.
Regardons-là éclore autour de nous et rendons grâce.
Mystère de communion entre nous tous et avec Celui qui nous rassemble.
Mystère de relevailles, dès maintenant, par Lui qui nous ouvre l’avenir.
Mystère de partages et de dons qui nous hisse à hauteur du Dieu qui nous habite ….

Faisons-en du bon pain pour tous.
Soyons ce bon pain.

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