Péché originel : j’en veux à Augustin…

Mon expérience de vie, mes formations professionnelles, mes recherches sur le plan humain et spirituel m’ont amené à des convictions qui me font dire que le fond de l’homme est essentiellement positif. En affirmant cela, je me rends compte que je me mets en porte-à-faux avec la tradition religieuse chrétienne qui, depuis St Augustin au IVème siècle, a posé le fondement de la vie chrétienne disant que l’homme naît pécheur.

C’est à partir de ses frasques d’adolescence et de jeunesse (vol de poires en bande, par esprit de transgression et par « simple plaisir de faire ce qui était défendu », passions amoureuses et sexuelles effrénées (« Ce qui surtout me tenait prisonnier et me tourmentait violemment, c’était l’habitude d’assouvir une insatiable concupiscence ») qu’il élaborera, après sa conversion, la doctrine du péché originel. On lui attribuera la détestation du corps, le rejet de la sexualité et du plaisir. Il avait une énergie débordante et un « détail » de sa vie (qu’il rapportera) sera pour lui révélateur : en pleine adolescence, Augustin se faire surprendre par une érection aux Thermes de sa ville de Thagaste . Et l’embarras fut grand quand son père Patricius, « ravi de vanter la vigueur toute romaine de son fils, s’empressa de raconter l’épisode à sa femme Monique, chrétienne fervente, qui, elle, se montra horrifiée.  » Ce fut pour Augustin une expérience importante que cette prise de conscience adolescente des caprices du corps et de la découverte du désir et de la honte.

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Oh qu’il est mal heureux…

En réaction à un article de Pierre Castaner intitulé « Béatitudes d’un bon catho qui ne veut rien changer » sur le site « Garrigues et sentiers » (dossier « rester dans l’Église catholique »), je me permets la poursuite du dialogue en réfléchissant sur la nécessité d’un regard de compassion le plus ouvert possible sur la vie du Monde et des Églises, celle catholique en particulier :

Nous pourrions aussi exprimer le texte de Pierre Castaner autrement. Il dirait alors toute la compassion pour celui ou celle qui se sent à l’étroit dans l’institution et pour cette institution elle-même qui a tant besoin de miséricorde pour pouvoir remplir sa mission… Ainsi :

« Oh ! qu’il est malheureux d’être dans une Église faite que d’hommes où la femme est exclue des décisions.
Oh ! qu’il est malheureux d’être dans une Église totalitaire avec un pape monarque absolu, des évêques grands Seigneurs et des curés patrons qui décident de tout. », etc.

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Connaissez-vous la CCBF ?

La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) est un mouvement né en 2008 qui entend promouvoir un « catholicisme ouvert et fraternel ». Deux mots d’ordre définissent son attitude : « Ni partir, ni se taire » et « Nous ne demandons rien mais nous espérons tout ». Ce mouvement est aussi connu pour ses positions hétérodoxes, qui peuvent être contraires à l’enseignement habituel de l’Église catholique.

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Aïe, mes aïeux !

Est-ce que le fait de faire partie d’une généalogie suffit pour entrer en humanité ?
Je suis né naturellement d’un père et d’une mère ou par fécondation ou autres méthodes mais cela suffit-il pour faire de moi un homme ?
J’ai pensé, sans en avoir le temps, faire la généalogie de ma famille pour que mes enfants transmettent à leur tour leur origine la plus lointaine possible à leurs propres enfants : Rien de glorieux dans ma lignée bretonne faites de paysans, de charbonniers ou de bedeau. Mais la fonction dit-elle l’essentiel des hommes ? Non et heureusement ! Ceux qui, là haut dans les stratosphères du pouvoir, y croient encore nous donnent un triste et pitoyable exemple.
Alors Gloire à mes ancêtres ! D’une manière générale on aime bien savoir d’où on vient, de qui nous sommes les héritiers. Nous entrons ainsi dans une histoire, une tradition familiale, un terroir, un récit fondateur avec ses gloires et ses misères. Normal dans un premier temps.

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Pour une Église servante et pauvre

Le site Garrigues et sentiers publie un article de Michel Bouvard intitulé « le cléricalisme sera-t-il le fossoyeurs du catholicisme ? » Il invite ses lecteurs à réagir à cette interpellation. Voici ma réflexion élaborée à partir d’un extrait de mon livre « Jours sombres en Église ».

Nous voici en entrée de carême et ce temps me met mal à l’aise. Non pour ce qu‘il préconise : c’est toujours une bénédiction de suivre les propositions du Christ de prière, d’abstinence et d’aumône qui me permettent d’avancer dans ma vie d’homme et de croyant. Ce qui me dérange, c’est l’occasion qui est donnée à certains prêtres et prélats d’utiliser de manière pernicieuse, ce moment de retour sur soi, vers Dieu et vers les autres, pour surfer sur une morale inconvenante et puérile, sur des images d’un dieu insupportable, sur une infantilisation des croyants, sur des menaces à peine voilées de l’enfer, de la culpabilité et j’en passe. Ce n’est pas le cas de tous heureusement, Mais force est de constater que beaucoup « joue au prêtre » nimbé d’un pouvoir sacré qui les autorise à
préconiser une religion de peur plus qu’une attitude d’amour et de confiance. Voilà donc un « lieu » où certains s’en donnent à cœur joie : quel moment de choix pour avoir pouvoir sur un peuple de croyants dociles, se satisfaisant de l’autorité d’une parole extérieure dite sacrée ! Encore, si ce n’était que dans le cadre de l’institution, mais Ils envoient leurs ouailles dans des processions traditionnelles, voire folkloriques, dans les rues de certaines villes pour « montrer qu’on existe », que « la chrétienté n’est pas morte » …persuadés qu’ils sont d’être envoyés « comme des brebis au milieu des loups ». A l’heure d’abus multiples, la discrétion et le profil bas seraient plus de mise !

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Un autre regard sur mon livre « Jours sombres en Église »

Le site « Dieu maintenant », ayant pris connaissance de l’existence de mon livre (1) en a fait une recension un peu particulière en commentant des lignes de la partie centrale de l’ouvrage. « L’auteur raconte ce qui l’a poussé à vivre sa foi à l’écart de toute structure institutionnelle. Nous en extrayons l’épisode central qui se cristallise autour du licenciement d’un laïc animateur en pastoral, dans ce qui fut la paroisse où Xavier s’était engagé. Cette histoire ne rejoint-elle pas l’expérience faite par bien d’autres croyants aujourd’hui ? »
Avec l’autorisation du webmaster, je reproduis ci-après son long compte rendu et l’en remercie.

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Prière : Risque ta vie et mange ta mort

C’était en mars 2020, en plein Covid que j’avais écrit cet article sur ma perception de la prière. Il revient à moi par l’intermédiaire de mes amis protestants qui intitulaient de réflexions un questionnaire avec des titres comme « avancer quand les autres reculent, » « persévérer quand les autres tombent », « achever quand les autres fléchissent ». Ils m’évoquaient le Père Monier de La Roche d’or, avec sa prière que vous trouverez en fin d’article.
Cet article qui suit a été écrit lors de la Covid et face à l’insistance déplacée de prières de clercs implorant Dieu d’éloigner le virus… Le voici, toujours d’actualité me semble-t-il… La dégradation de la terre, la haine et les divisions dans nos paysages politiques et religieux nous invitent encore et toujours à clarifier nos attitudes priantes.

Comme dans tous les époque de malheurs, depuis la nuits des temps, l’homme ressent le besoin de se confier à une divinité ou une transcendance qui pourrait le protéger. Comme aujourd’hui face à la pandémie du Covid-19. Il y a en lui comme un sursaut, un réveil pour se confier à plus grand que lui quand quelque chose le dépasse ou quand il n’a plus la mainmise sur les événements.

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Le cléricalisme sera-t-il le fossoyeur du catholicisme ?

Concile Vatican II – Photo de Lothar Wolleh

Le site de St Merry-hors-les-murs propose à ceux et celles qui veulent s’y abonner (Abonnement gratuit à la lettre d’info de St Merry ici ) des articles très intéressants. St Merry est cette église près du Centre Beaubourg à Paris qui a été fermée violemment par Mgr Aupetit peu avant la démission de celui-ci. J’en parlais dans un article lors de la parution de mon livre « Jours sombres en Église » début décembre 2022 Dans sa dernière lettre régulière, Michel Bouvard écrivait l’article suivant :

« Le Christ est venu annoncer la bonne nouvelle, le diable en a fait une religion. »[1]

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Dieu est un Dieu qui surprend »

Je vous propose un nouvel extrait de mon livre « Jours sombres en Église » tiré du chapitre 2, intitulé « Dieu est un Dieu qui surprend » , à la page 98

« L’évêque du diocèse a écrit un catéchisme intitulé « Le catéchisme expliqué ». Pour lui, dit-il c’est « un ouvrage de référence, très fouillé, plutôt destiné à ceux qui, dans l’Église, doivent enseigner la foi ». Oui, parce que, pour lui, apparemment, la foi s’enseigne et ne se reçoit pas. Comme si la foi s’apprenait comme dans les livres d’école. Pour lui, la foi est de l’ordre d’un savoir et non d’une expérience personnelle et communautaire. Comment donc ces « enseignants » s’y prennent-ils pour aider les jeunes à entrer en relation avec Dieu ? Au delà des manières d’apprendre à bien faire des génuflexions ? Comment, par leur vie et leur témoignage, leur donnent-ils le « goût de Dieu » ? Je n’ai pas lu ce catéchisme expliqué. Et, pour tout dire, je n’en ai guère envie. Je ne peux donc en faire de commentaire.

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Noël, pour « laver notre maladie d’inattention »

William Bouguereau La Petite Mendiante_(1880)

En visite chez ma fille à Annecy, la ville offre son marché de Noël , au milieu de la cohue et des ritournelles noëliques insipides, sirupeuses et sans âme. Une jeune femme fait la manche, enfoncée dans un coin, assise à même le dallage de granit, sans même « un peu de paille » pour se poser et protéger des morsures du froid. De son « plein gré » ou posée là par des maquereaux d’un des pays de l’Est ? Sa jeunesse me surprend : qu’y a-t-il de cassé en elle pour ne plus avoir la force ou le désir de s’en sortir ? Car c’est elle, je crois, que j’avais déjà rencontrée l’été dernier dans ces mêmes lieux. Est-ce sa fragilité apparente qui interpelle ma propre fragilité ?

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