Au MST, chez Doña Maria

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Nous avons visité aujourd’hui une famille de l’assentamento Irma Alberta, du Mouvement des Sans Terre (MST) dans la banlieue de Sao Paulo.
Nous avons été admirablement bien accueillis par Maria, par sa fille Silvana et son conjoint Julian….
Suite ci dessous

Arrivés en début d’après midi par un chemin de terre impraticable pour une voiture nous avons poursuivi le sentier à pied. Déjá, au loin, ils nous attendaient « sur leur 31 » comme on dit, tous aussi impatients que nous pour cette rencontre !
Pensez ! des européens qui s’aventurent chez ceux qui, pour certains, sont des « parias de la terre » à ne pas fréquenter. Nous y sommes restés jusqu`à presque 20 heures.
Quel accueil, quelle fraternité se sont exprimés pendant ces courtes heures !

C’est avec un feu dévorant que Maria nous a partagé sa lutte pour plus de dignité et sa fierté d’être membre du mouvement des paysans sans terre. Une passion de l’homme, un respect des différences, une compréhension vive des rouages de la société et de ceux et celles qui les méprisent, les spolient, les assassinent, tous ces gens de pouvoirs (financiers, politiques, économiques) qui veulent les rendre toujours plus esclaves (si, si !) ou dépendants, les maintenir dans la misère et la pauvreté.
Ici « l’essence » pour faire tourner le moteur de leurs luttes c’est la formation et l’éducation alliées à une communauté de destin ou plutot de destinée car le destin est écrit d’avance de maniére inéluctable tandis que leur destinée, ce sont eux qui la construisent ensemble. Elle est source de joies au coeur de ces luttes mais aussi de souffrances : Ils vivent ensemble ce qui relève de la mistica (un post suivra) et y puisent leurs forces pour grandir en humanité
Je comprends leurs luttes pour survivre et ne pas mourir pour certains. Quelques uns mourront, victimes des puissants et du gouvernement.

Pourquoi donc ces gens sont considérés comme les parias de la société brésilienne à la manière des tziganes ou des roms en France ? Tout corps social constitué a-t-il besoin de boucs émissaires pour décharger sa haine et sa violence latentes plus facilement que de se reprendre, se maîtriser et vivre le dialogue ?
Ici, comme en France nous constatons qur la fraternité peut-être mortifère quand elle est imprégnée de jalousies, de comparaisons ou de jugements définitifs : Cain et Abel chaque jour recommencé depuis l’aube des temps ….

Pendant que Maria nous partage sa vie et que Cléo nous traduit ses propos, Silvana, Julian, Andréa et Eliès préparent le repas. Ces deux derniers sont des « stagiaires » : le premier pour ses études d’agronomie et le second pour se coltiner la réalité de la terre. En effet, homme de théatre, il ne peut décemment jouer un rôle que s’il sait ce dont il s’agit. Ainsi va la formation au sein des écoles des sans terre. Ils ne perdent pas une miette de ce que nous partage Maria> Leur formation passe aussi par ce témoignage. Tous deux sont hébergés chez Maria, dans des conditions spartiates certes mais heureuses. La joie sur leur visage dit bien leur expérience bénéfique chez cette femme de plus de 60 ans si dynamique. Ils font des allers-retours dans le jardin pour débiter les légumes biologiques devant nos yeux lors de l’entretien.

Maria nous invite ensuite à visiter son grand jardin. Armée d’un sécateur elle coupe ici des grappes de raisins, là des fruits, des herbes à tisane ou des fleurs et nous revenons les bras chargés de tous ces produits.
La permaculture est reine. choux et betteraves poussent au milieu des rangs de vigne ; salade et manioc sous les bananiers ou les manguiers. Chaleurs et pluies favorisent une récolte généreuse.
Au retour dans son humble maison, les autres finissent de manger le repas de midi (il est quand même près de 17h et on a du perturber leur habitudes !)
Nous sommes bien sûr invités à « experimentar » les produits locaux tous frais : du poulet riz haricots choux salade… Un délice qui passe très bien malgré le copieux dèjeuner chez Cléo avant notre départ.

A la fin du repas, Silvana nous partagera un poème traduit par Cléo, vers par vers. (Il est ci-dessous.)
Les stagiaires, tout comme nous, communient avec intensité à ce partage qui dit l’essentiel de leur vie. Moment émouvant car j’ai l’impression que c’est un « èvenement » c’est à dire un temps fondateur d’une nouveauté qui nous est donnée maintenant pour la route de chacun. Partage en vérité qui fait de nous des fréres, au delà de l’espace. Evénement car il surgit, comme un don, de notre rencontre… et chacun en est l’artisan, nous comm eux. Même si nous en sommes pour rien, si ce n’est notre visitation.

Le temps s’est vite écoulé et, avant le départ, la photo s’impose. Travail de « mémoire » pour chacun. Indispensable pour vivre en fidélité et constance les futures moments d’épreuves ou de lassitudes.

Nous prendrons une heure et demie pour redescendre tranquillement vers la vallée et le bus. Etonnante impression : une avancée à un « pas de sénateur » comme pour mieux intégrer cette communion fraternelle vécue ensemble… Serait-ce celà le bonheur ? La joie du partage ?

Ils nous laisseront à l’arrêt de bus car, pour eux, il fallait remonter. Nous y resterons près d’une heure à attendre avant qu’on nous dise que le passage du bus était ailleurs . Là nous patienterons encore près d’une heure car les bus sont moins fréquents la nuit … au grand désarroi de nos proches qui ne nous voyaient pas rentrer et restaient sans nouvelle, les batteries de nos téléphones étant épuisées… 

Ce post me donne l’occaion de revenir sur des articles que j’ai écrit sur le MST .
Je vous les re-partage dans des posts suivants pour que vous connaissiez mieux ce mouvement devenu universel. Ce sera dans les prochains posts.

Voici le poème proclamé par Silvana avec conviction ( avec les limites d’une traduction.. !.)

Dissidence ou l’art de contester

 

C’est l’heure de se compter
C’est l’heure de partager.
Voici le temps d’espérer et le temps de décider.
Le temps pour résister.
Le temps pour exploser.

Le temps est venu de faire pousser des ailes, de briser les carcans
Parce qu’il est temps de partir.
Partir ensemble accoucher de futurs,
Partager les levers de soleil si longtemps oubliés.
Dans le passé, nous avions un avenir
Dans le futur, il y a un présent prêt à naître
J’attends juste que vous vous décidiez.

Parce qu’il est temps de décider,
Dissuader, convaincre,
C’est le temps de dire que ce n’est pas le temps d’attendre
Voici le Temps de dire : Plus en notre nom !

Si tu ne peux pas t’habiller avec nos rêves
Ne parle pas en notre nom.
Ne construis plus de maisons pour que les riches y vivent.
Ne fais plus de pain que l’exploiteur mange.
Jamais plus en notre nom !

Jamais plus avec notre sueur, son repos.
notre sang, sa vie.
Jamais plus avec notre misère, sa richesse.
C’est le Temps de dire
que ce n’est plus le temps de se taire
Face à l’injustice et au mensonge.
Il est temps de se battre

C’est le temps de la fête, le temps de chanter
Les vieilles chansons et celles que nous allons encore inventer.
Des temps pour créer, des temps pour choisir.
Temps pour planter les futurs que nous irons cueillir

C’est le temps de donner un nom aux bêtes,
De relever la tête
Par dessus le bétail,
Parce que c’est le temps du tout ou rien.

C’est le temps de l’insoumission
Voici les temps de rébellion.
Temps pour la dissidence.
Il est là le temps pour les cœurs de sauter dans leur poitrine
En manifestant, avec la multitude
Parce qu’est venu le temps de la dissidence
Le temps pour la révolution ”

Mauro Iasi
poète enseignant
Sao Paulo -SP. Le Brésil

le texte en brésilien est ici

 

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