Théologie de la libération 3

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Quel peut être l’avenir de la théologie de la libération aujourd’hui ?
dernier volet 3/3 de notre réflexion sur la théologie de libération ( 5 mn de lecture)

volet 2 ici 

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Quand le Pape François déclare que les hommes sont des esclaves devant « se libérer des structures économiques et sociales qui [les] réduisent à l’esclavage », il provoque des vagues d’indignation chez les conservateurs et les tenants d’un capitalisme débridé (les mêmes ?). La chasse au sorcier est lancée : « c’est un marxiste » diront les médias outre-atlantiques, supports de la pensée ultralibérale en place et soucieuse de ses intérêts…

Ils ne veulent surtout pas être dérangés dans leurs manœuvres perverses,  quitte  à déformer les propos de François, le présentant comme celui qui veut remettre en cause le sacro-saint ordre établi …

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Comme le dit Gustavo Guttierez, un des fondateurs de la théologie de la libération) « aucune théologie est éternelle ». Mais celle de la libération qui a été initiée et vécue depuis près de 50 ans a été le terreau d’un renouveau qui rejoint aujourd’hui les préoccupations du pape François. Aujourd’hui il y a moins de risque de confusion entre religion et politique.
Le rapprochement avec le Vatican (le pape a reçu Gustavo Guttierez en novembre dernier) s’appuie sur le désir du pape d’une Église pauvre pour les pauvres, sa priorité.
Renouveau qui pourra se dire aussi par la conversion de l’Église par les pauvres qui demande une mutation radicale de la théologie.
Celle-ci ne peut plus se nourrir de spéculations dogmatiques ou moralisantes sur Dieu, ni se réduire, comme dans les pays riches, à un discours pompeux de type universitaire qui ne parle plus à personne. La théologie doit être l’expression d’un vécu spirituel, en prise avec la réalité d’un peuple qui souffre, qui prie et qui lutte parce qu’il a confiance en Christ mort et ressuscité.

En outre, l’ouverture qu’apporte la théologie de la libération est radicale : Les propos de Dom Helder Camara ( ancien archevêque de Récife) ne sont-ils pas encore d’actualité aujourd’hui ? Il estime qu’il faut opposer la force de la non-violence active aux trois violences dont souffrent les pauvres : la violence des oppresseurs dont la richesse se nourrit de la misère de leurs concitoyens ; la violence du monde riche contre les pays du Sud à travers des échanges commerciaux injustes et l’exploitation des ressources naturelles ; la violence perpétrée par les États au nom de la défense de l’ordre établi, qui conduit à qualifier de subversion toute tentative de changement de cet ordre.
(Aujourd’hui, pourrait-on ajouter la violence de ceux et celles qui croyants avoir LA Vérité veulent imposer leur manière de voir, de croire, de penser, leur morale et leur tradition  à la société ?)
Cette non-violence active préconisée par Dom Helder  est celle de bien des courants qu’ils soient sociaux, humanitaires, écologiques ou altermondialistes. Avec pour armes l’exigence de la bonté, de la fraternité, ils luttent pour refuser résignation, désespoir et cynisme. C’est cette violence des pacifiques qui sauvera le monde.
Dans ces combats-là, l’Eglise a toute sa place pour vivre et dire le message de « salut » dès aujourd’hui qu’apporte le Christ. Elle peut donner sens à bien des vies vécues dans la sous-humanité, pour peu qu’elle les rejoigne et s’emploie activement à donner concrètement des actes d’espérance et s’active à rendre la vie de chacun plus digne et heureuse.

Pour faire le lien avec nos posts (qui vont suivre) sur les paysans sans terre, ( savez-vous que ceux-ci ont choisi eux-aussi la voie de la non-violence, bien qu’il ait été un instrument de transformation révolutionnaire, au sens propre du terme, de la société brésilienne ? Bien que les médias et l’opinion publique les présentent comme des violents contestataires, toujours les armes (leur outils de travail!) à la main …

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Les sans-terre ont résisté aux persécutions, aux expulsions, aux assassinats, à l’agressivité de la police, à la prison et à la torture, à la mise à sac et à l’incendie de leurs locaux, aux procès montés de toute pièce, où se mêlaient accusations fantaisistes et « preuves » préfabriquées.
Face à ce climat de manipulation, de haine et de terreur, les sans-terre font confiance à la force de la solidarité humaine et conservent une foi inébranlable en la capacité de leur mouvement à remporter la victoire. Beaucoup d’entre eux puisent leur conviction dans leur foi en Jésus Christ mort et ressuscité.

Et cet exemple là de non-violence, issu de la théologie de la libération, est peut-être celui qui illustre le plus que l’ avenir de cette dernière est et reste ouvert…
Elle peut être source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies plus justes et plus solidaires dans cette société aujourd’hui mondialisée où l’individualisme ne peut plus avoir le dernier mot.
Oui, rêvons que tous les chrétiens s’enracinent dans l’expérience biblique et christique pour  y trouver ressources et inspiration pour prendre en main leur destin et celui du monde…  En Europe des communautés se lèvent et cherchent à s’inspirer de la démarche depuis des années…
Le récent appel du Pape François par son tweet du 31 janvier 2016 résonne dans le sens de cette communauté de destin : « Personne ne se sauve tout seul. La dimension communautaire est essentielle dans la vie chrétienne. »
Dans le monde, des Eglises, toutes confessions confondues, mettent en pratique, en tenant compte des réalités locales, cette démarche libératrice, au nom de leur foi.
Rêvons qu’elles lancent toujours plus des « cris prophétiques » pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un « Règne de Dieu » commençant déjà sur terre, partout et dès maintenant…
Si nous n’en prenons pas le chemin pour  bâtir ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle – et il y a urgence-, le risque est grand que tout se termine par la loi du plus fort : violences, émeutes, guerres, désastres humains et environnementaux irrémédiables …
Ce n’était pas l’appel du Christ… ce qui n’a pas empêché que son message de Paix, de fraternité, d’Amour inconditionnel, l’a conduit à la croix. On ne dérange pas impunément l’autorité religieuse et politique en place…
Plus encore aujourd’hui, l’humanité est à un tournant de son histoire : Qu’en ferons-nous ?
Ne touche-t-on pas du doigt le cœur l’évangile et du message du Christ : « Je suis venu pour qu’ils aient la Vie, et la Vie  en abondance » ?
Le salut, la libération qu’apporte le Christ, n’est-ce pas cela ?

 

 

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