Boulegadis à St Pancrace

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En écho à mon billet sur le sujet « Faut-il restaurer les églises ? », je poursuis ma réflexion à la suite d’une nouvelle expérience à la chapelle de St Pancrace.
je vous donne déjà la réponse à cette question : oui !

Dimanche dernier, journée du patrimoine, nous nous sommes rendus à cette chapelle avec des amis pour écouter le Chœur polyphonique Boulegadis. Ils étaient là pour soutenir le travail de restauration de ce bâtiment qui mérite de l’être ne serait-ce que par sa position au sommet d’une colline qui domine la ville et par sa lente montée pour y accéder. Après un magnifique concert de chants occitans, corses et italiens, digne de véritables professionnels, il y a eu le traditionnel apéritif offert par le comité de restauration. Joie et bonne humeur malgré le peu de monde et la campagne d’affichage pourtant. De quoi parfois faire désespérer ces bénévoles qui s’attèlent depuis des années à la restauration de l’édifice.
Il est des lieux et des personnes qui « respirent » l’accueil, la beauté et la bienveillance inconditionnels. Nous étions là et cela suffisait !

Les invités au repas

Une liturgie profane ?

Mais la pluie s’est mise à tomber, interrompant rapidement ce moment de convivialité. Qu’a cela ne tienne, le « président » Pierre et Michelle ont vite fait de dresser tables et bancs dans la chapelle en poussant le mobilier pour nous faire de la place.
Pour tout vous dire c’est une véritable liturgie que nous avons vécu dans ce lieu ! Le pique-nique tiré du sac a été partagé par tous. Ca me rappelle un petit garçon avec 5 pains et 2 poissons dans sa besace ( épisode rapporté par Jean dans son évangile – Jean 6, 11) qui a poussé les grands à oser donner ce qu’eux-mêmes possédaient et hésitaient à partager !
Ici, l’attention aux voisins s’est faite avec simplicité et des partages en profondeur se sont déroulés : histoires de vie, parfois douloureuses, aspirations à un mieux-être, projets, … C’est fou comment dans une fraternité qui se crée spontanément des fardeaux et des joies sont déposées dans la confiance.
De temps à autres les choristes y allaient de leurs chants pendant que le président, tout attentionné à ses hôtes, disposait des bougies pour éclairer en clair-obscur les visages.
Les gâteaux  et chocolat faits par certains ont circulé. La grappa et la liqueur de mirabelle du président ont réchauffé le palais des convives et élargi la joie des retrouvailles.

Ecouter et partager…

Dans la pénombre de la chapelle une lumière a lui

Un appel à écouter la voix des anges avec Boulegadis, une ascension pour tutoyer le ciel, des offrandes de pain et de vin, des chants qui invitent à l’émotion et à l’intériorité, des amis (des frères ?) qui partagent et se donnent sans compter et gratuitement, des ouvertures de cœurs pour se donner et se recevoir avec gravité, et la facétie d’un Esprit qui nous pousse à sortir des apéros ou des discours convenus pour nous retrouver en relation de vérité et d’intensité à l’abri d’un sanctuaire.

Une nouvelle Parole s’est dite. Sans doute peu entendue dans ce lieu. Désacralisée et bonne pourtant. Lourde d’humanité fraternelle. Il manquait quelque chose me direz-vous pour que ce soit une Eucharistie ? Les puristes diront : « bien sûr ! le ‘Faites ceci en mémoire de moi’ ! ».
Mais faut-il un sacrificateur (un faiseur de sacré) qui, du haut de sa toute-puissance cléricale, claque presque des doigts (avec beaucoup de vénération, cela va sans dire) pour faire descendre Dieu lui-même sur l’autel ? (Je sais, j’exagère, mais à peine ! N’est-ce pas dans l’esprit de certains curés tradis ?) Pour ma part, au fond de mon cœur, je savais que le Christ était là ! Intérieurement, j’ai fait mémoire. Teilhard de Chardin et sa « Messe sur le monde » me sont venus à l’Esprit.

Alors, bien sûr, il faut restaurer églises et chapelles. Un grand merci à l’association qui restaure ce lieu. Elles sont le chemin de rencontres de Dieu à travers nos humanités. Elles sont l’héritage de ceux qui ont bâti, aimé, transmis non seulement un patrimoine et des valeurs mais aussi des convictions qui ont façonné nos histoires et nos paysages.
Je voulais témoigner de cette expérience, donnée, qui m’a ouvert à l’espérance et à la fraternité.

Chantons avec Boulegadis !
Je vous propose, avec leur accord, 3 de leurs chants enregistrés à St Pancrace (6,45 mn)

Boulegadis


Extraits du concert

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