« Dieu tout puissant ! »

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C’était le cri de nos grands parents pour conjurer le sort !
Il est des idées reçues (ou qu’on projette) sur « Dieu » telles qu’on ne peut que les fuir et fuir ceux et celles qui les propagent. Parmi elles, concernant le Dieu de certains chrétiens, l’idée que ce Dieu serait Tout Puissant. La caricature la plus explicite ces derniers temps viendrait des évangélistes américains qui soutiennent Trump, non pour défendre leur morale ou leur religion fondamentaliste mais pour asseoir leur richesse et leurs valeurs ultraconservatrices dépassées qu’ils auraient méritées par leur mérites de la part de Dieu .
Ce Dieu là, dans le passé récent, motivait les troupes guerrières qu’elles soient allemandes ou françaises, avec la bénédiction des prélats. Mais n’est-ce pas en fin de compte les projections humaines de toujours ? le Dieu d’Israël dans la Bible n’était-il pas celui qui donnait la victoire car il était plus fort que le dieu des ennemis ?

Plus j’avance en âge plus je me sens appelé à me libérer de ces concepts sur « Dieu » qu’on m’ a inculqué et je découvre que j’en sais de moins en moins. C’est sans doute une bonne chose de ne plus rien savoir sur lui (et comment je le saurai ? Les enseignements ecclésiaux divers, les écrits sur Lui me font douter du bien fondé de cette mainmise  faite par des savants-sachants théologiens ou autres qui assènent ou proposent leurs discours avec superbe).
Bref, je n’en sais rien, ou plutôt le peu que je sache m’est donné par la vie et l’enseignement de l’homme Jésus et par ma propre expérience de découvrir dans ma vie son appel à Vivre pleinement. Tout le reste n’est que du baratin. Prétendre détenir un savoir sur Dieu qui ne part pas d’une expérience me semble malsain (mal saint ?)
Dans ce peu sur Lui qui me reste il y a cette découverte née de mon expérience que pour moi Dieu n’est pas un tout-puissant qui pourrait intervenir dans le cours et l’histoire des hommes.

Dieu en l’homme


Une « anecdote » raconte que dans un camps de concentration nazi les détenus avaient été rassemblé sur la place pour assister à la pendaison d’un des leurs. Un d’eux entendit un murmure entre les dents d’un prisonnier
« Où est Dieu ? Que fait-il pour laisser faire tant de barbarie ? »
La même question se répète depuis la nuit des temps face aux défis de la nature : tsunami, tremblements de terre, souffrance d’un enfant, mort d’un proche …L’idée récente d’un Dieu faible s’est dite au moment de la Shoah, dans cette extermination de millions d’êtres humains.
Oui ce Dieu là n’avait pas fait grand-chose pour intervenir  et arrêter le massacre.
De même, sur la Croix, Jésus a eu beau appeler son Dieu pour que cette souffrance s’éloigne de lui, ça été le silence complet… Et mes propres appels et prières pour qu’il intervienne dans des certains moments précis de ma vie sont tombés à plat.
Face à la réalité du mal, de la souffrance, des non-sens, ce Dieu ne fait pas le poids. On ne peut pas compter sur lui ou plutôt sur une toute puissance qui lui serait attribuée.

La puissance de Dieu : sa faiblesse

Il faut nous mettre face à Jésus sur la Croix pour découvrir toute l’impuissance de Dieu : Que voulez-vous qu’il fasse quand le Christ l’appelle ? Rien, si ce n’est de dire les mêmes paroles que son Fils « O mon fils, si cette souffrance pouvait s’éloigner de toi ! » Il ne demeure pas en retrait ou observateur du haut de son nuage de ce qui se donne à voir dans la passion et la crucifixion de son Fils. Parce qu’il est Un il ne peut que communier dans un désarroi intense à ce qui se passe.
Dans l’anecdote citée plus haut, ce qui est monté dans le cœur d’un des prisonniers à la question où est Dieu? c’est cette « évidence » intérieure : « Dieu, il est là devant toi : il agonise avec, dans cet homme pendu ».

Le Dieu des chrétiens serait-il alors le Dieu de l’impuissance ? Ou alors, quelle serait la puissance dont on pourrait entendre ou comprendre la signification à travers la vie du Christ ?
Celle de sa faiblesse qui a été crucifié sur la croix avec l’homme Jésus. Celle du pardon face à la violence des hommes qui « ne savent pas ce qu’ils font », celle de l’amour qui invite le larron à entrer « aujourd’hui même » dans une espérance, celle de la bonté qui confie son disciple qu’il aimait à sa propre mère et réciproquement…
Il y a là une force qui n’est pas de contrainte, de peur ou d’obligation mais de tendresse et de faiblesse pour que soient bannies toute crainte, toute violence, toute injustice.


Dans la « Gloire » de la Croix, dans cet événement a priori dérisoire, se dit comme un cri qui s’est répercuté jusqu’à nous 20 siècles plus tard pour nous inviter à faire de même : aimez même ceux qui vous haïssent, faites justice aux opprimés, panser les plaies de l’homme en souffrance, partager, donner, faites l’amour et pas la guerre entre vous …. La force de cette faiblesse fait advenir Dieu dans le cœur des hommes, tant il est vrai que là est le seul lieu de sa présence.
Oui, dérisoire… Et pourtant !
Dieu est cette Faiblesse qui advient quand les hommes de bonne volonté L’incarnent dans une main tendue, s’engagent pour plus de justice, accueillent un frère migrant en Son nom, prennent soin des pauvres comme de la planète : c’ est un appel à grandir pour que nos humanités soient belles, joyeuses, heureuses. La souffrance, le mal, la violence, les exclusions, les anathèmes ne disparaitront pas mais ils seront dépassés, habités et transfigurés dans la lumière d’une fraternité apaisée et unifiée.
Et si là résidait la Résurrection ? Notre propre résurrection dans l’ici et maintenant de nos vies où nous nous dresserions toujours plus dans nos humanités, notre dignité, notre filiation divine ?

Dieu a besoin des hommes

Y aurait-il donc un ailleurs ? Je ne le crois pas. Le ciel de Dieu c’est dans la Vie où je parle et agis à partir de Lui, c’est-à-dire où je vis avec des frères et où nous nous engageons ensemble à cette humanisation de chacun, de la société et du monde
Il n’y a pas de récompenses pour nous faire agir, pardonner, donner. Ce Dieu de faiblesse n’est pas un épicier, un maitre-chanteur ou un comptable. Il nous laisse seulement une Parole qui ne nous laisse pas en paix, qui nous interpelle pour peu que nous nous mettions librement à son écoute : « Que nous soyons Un« .
Ce qui se passe aux USA où les citoyens se déchirent, dans les religions qui tuent, dans l’individualisme qui cherche à nous détourner de nos semblables, dans les fractures sociétales où les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, dans les mensonges des gouvernants face aux « sans-dents » et aux « surnuméraires » qu’il faudrait rayer de la carte du monde pour leur faire de la place, nous sommes invités à entrer dans une faiblesse de petits moyens, de petites associations, de petits gestes d’altruisme, d’actions apparemment insignifiantes. Voilà ce qui sera levain pour faire monter la pâte humaine pour que Dieu naisse dans les cœurs.  

Quand meurt le Dieu des Puissants

Il est des théologies, des religions, des politiques aussi qui, avec leurs dogmes, leurs « vérités », leurs morales sont des étouffoirs, voire des appels à tuer et pas seulement physiquement. Alors Dieu, dans ces cas là, s’étouffe et meurt aussi.
Peut-être que nous avons à Le faire naître un peu plus dans nos vies et, par là, dans le monde ? Ecoutons « en esprit qui est la vérité » ses pressants et insistants appels.

Un jour, il y a quelques années, en vacances offertes par nos enfants, nous étions à Barcelone. De là nous avions fait une escapade au monastère de Montserrat… pour écouter une manécanterie d’enfants qui avaient enchanté mes oreilles à mon adolescence avec un disque 33 tours. En attendant les vêpres où ils intervenaient nous avions marché dans cette magnifique cathédrale de verdure dans les massifs proches, couverts de pinèdes et de genets. Une féérie telle que lorsque nous somme entrés dans le monastère froid et sombre est monté en moi, malgré moi, avec force, un « Dieu ne peut pas être enfermé ici ». A peine le temps d’un étonnement que la réponse a fusé tout aussi vite : « Il se découvre en Jésus qui se dit dans la Parole et dans les frères ». Expérience étonnante et unique qui me dévoilait que Dieu se dit dans la fragilité des mots écrits que sont les Evangiles. Ces mots prennent vie par des frères chercheurs ensemble d’un jamais lu, jamais entendu qui sera une Bonne Nouvelle pour tous aujourd’hui.

Dieu est un « murmureur ». Il ne se dévoile pas dans le fracas d’une toute puissance extérieure mais s’accueille dans des invitations fines qui parlent à l’intime.

Avez-vous lu (il y a longtemps !) le roman d’Henri Quéfellec Un recteur de l’ile de Sein ou vu le film tiré de ce livre et porté à l’écran par Delannoy sous le titre   « Dieu a besoin des hommes » ? Voilà pour moi le vrai Dieu : celui qui n’est pas enfermé dans son Olympe et tire les ficelles des pauvres pantins humains mais Celui qui s’incarne à travers les hommes qui le cherchent.  Pour qu’Il vive enfin ? 
Là est la grande faiblesse de Dieu, sa toute puissance d’amour qui peut transformer l’univers : dans son abandon dans les mains des hommes. La parole de Florin Callerand de la Roche d’or : « Pratiquer la miséricorde, envers Dieu, c’est certainement là le rôle le plus royal  de la liberté humaine » peut nous aider à nous mettre en chemin  pour ne plus Le défigurer et nous rendre libres.


L’Eglise unie protestante de France tire deux conséquences de cette approche de Dieu impuissant :
« …D’abord, elle oblige à vivre dans le monde sans Dieu, c’est-à-dire sans compter sur des secours et des interventions surnaturelles, sans s’attendre qu’à chaque instant il intervienne. C’est une invitation à agir de manière responsable.
Ensuite, Dieu aide précisément parce qu’il est faible et souffrant. Il apparaît non pas comme un magicien qui règlerait du dehors les problèmes, mais comme celui qui les partage, les vit et les porte. … Dieu se fait proche.
Le Dieu faible et souffrant aide le croyant à renoncer à son rêve de toute puissance qui manifeste son refus d’accepter sa condition humaine… »

Exigeant ? Oui, je ne dis pas le contraire… Mais « Courage, j’ai vaincu le monde ! » nous dit le Christ que l’ apôtre Jean dévoile comme un  « Agneau immolé mais vainqueur… » Il nous libère des fausses images de Dieu.

Faut y croire à ce Dieu là !

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2 réponses sur “« Dieu tout puissant ! »”

  1. Au sujet de la phrase que vous citez à propos du détenu pendu dans un camp d’extermination :
    Elle se trouver e au début du petit Livre d’Elie Wiesel, « La nuit », aux éditions de Minuit. C’est en effet un lieu théologique éminent.

    1. Merci à vous de cette référence.
      Je ne savais pas que c’était Elie Wiesel qui rapportait cette histoire vraie. On retrouve un extrait des 20 premières pages aux éditions de minuit ici : http://www.leseditionsdeminuit.fr/flip.php?id=2518.
      On y trouve cette affirmation : « … J’ignore comment j’ai survécu ; trop faible et trop timide, je n’ai rien fait pour. Dire que c’était un miracle ? Je ne le dirai pas. Si le ciel a pu ou voulu accomplir un miracle en ma faveur, il aurait bien pu ou dû en faire autant pour d’autres plus méritants que moi. Je ne peux donc remercier que le hasard. Cependant, ayant survécu, il m’incombe de conférer un sens à ma survie. Est-ce pour dégager ce sens-là que j’ai mis sur le papier une expérience où rien n’avait de sens ?
      En vérité, avec le recul, je dois avouer que je ne sais pas, ou que ne ne sais plus ce que j’ai voulu obtenir avec les propos. Je sais seulement que, sans ce petit ouvrage, ma vie d’écrivain, ou ma vie tout court, n’aurait pas été ce qu’elle est : celle du témoin qui se croit moralement et humainement obligé d’empêcher l’ennemi de remporter une victoire posthume, sa dernière, en effaçant ses crimes de la mémoire des hommes … »
      je vais commander ce petit livre de 7,50 € à la Procure :
      Je crois qu’au même titre que le livre de Primo Levi « si c’est un homme », il mérite d’être lu.

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