Confinement et liberté de culte

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Vingt-et-une requêtes souvent proches de la mouvance traditionaliste, ont été déposées par des évêques, dont le président de la Conférence des évêques de France Eric de Moulins-Beaufort, des associations catholiques comme Civitas, les Associations familiales catholiques, ou encore des requérants particuliers. Tous contestent le décret de reconfinement pris par le gouvernement le 29 octobre qui pour eux portent atteinte à la liberté de culte.
Les messes restent interdites en public durant toute la période du confinement répond le Conseil d’Etat et ce, jusqu’à nouvel ordre. La haute autorité administrative reconnaît « la liberté de culte » mais  justifie, en revanche, sa décision par l’urgence sanitaire liée à l’explosion de l’épidémie de Coronavirus sur le territoire national.
Que dire de ces attitudes revendicatives quand toutes les autres religions, chrétiennes (protestantes, orthodoxes, anglicanes), islamiques, juives, bouddhistes … acceptent ces mesures sanitaires de solidarité et de citoyenneté pour la protection et la santé de tous ?

Un certain analphabétisme spirituel

La réponse serait-elle donnée par Mgr Mario Grech, nouveau secrétaire général du Synode des évêques ? Il porte un regard très critique sur ces attitudes lors d’un entretien accordé à la civiltà Cattolica, (Publié sur le site aleteia.org le 4.11.20)

Il ne va pas de mainmorte : Le confinement a révélé « un certain analphabétisme spirituel » estime-t-il !
… » Pendant la pandémie, un certain cléricalisme est apparu. Sur les réseaux sociaux, nous avons assisté à un certain degré d’exhibitionnisme et de piétisme qui relève davantage de la magie que de l’expression d’une foi mature », déplore-t-il. L’évêque maltais décrit dans son entretien une Église qui n’a pas toujours été à la hauteur de l’événement et qui s’est déchirée sur la question de l’impossibilité d’accéder aux sacrements.

« Certains ont même dit que la vie de l’Église a été interrompue ! Et c’est vraiment incroyable. Dans la situation qui a empêché la célébration des sacrements, nous n’avons pas réalisé qu’il y avait d’autres façons de faire l’expérience de Dieu », regrette-t-il, ajoutant que le fait « que beaucoup de prêtres et de laïcs soient entrés en crise parce que nous nous sommes soudainement retrouvés dans la situation de ne pas pouvoir célébrer l’Eucharistie « coram populo » [en présence du peuple] est en soi très significatif ».

Allant plus loin encore, il juge « curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l’église, mais qu’ils ne se sont pas autant préoccupés de la manière de se réconcilier avec Dieu et le prochain, d’écouter et de célébrer la Parole de Dieu et de vivre une vie de service ».

… Pour Mgr Grech la messe n’est pas la seule possibilité dont dispose le chrétien pour rencontrer Jésus. Il est donc « préoccupant que quelqu’un se sente perdu en dehors du contexte eucharistique ». Cela montre « une ignorance des autres façons de s’engager dans le mystère », « un certain analphabétisme spirituel », mais aussi « que la pratique pastorale actuelle est inadaptée ».
Il analyse alors comme étant « très probable que, dans un passé récent, notre activité pastorale ait cherché à conduire aux sacrements et non à conduire – par les sacrements – à la vie chrétienne ».

Dans le sillage du pape François, le nouveau secrétaire général du Synode des évêques, estime que la pandémie de coronavirus doit devenir une opportunité pour l’Église et lui offrir « un moment de renouveau ». « Ce sera un suicide si, après la pandémie, nous revenons aux mêmes modèles pastoraux que ceux que nous avons pratiqués jusqu’à présent », affirme-t-il.
D’ailleurs, la crise a permis, selon lui, de découvrir « une nouvelle ecclésiologie, peut-être même une nouvelle théologie, et un nouveau ministère ». D’abord, elle a confirmé que le service aux malades et aux pauvres était un moyen efficace pour les chrétiens de vivre leur foi et « de refléter une Église présente dans le monde d’aujourd’hui, et non plus une “Église sacristie”, retirée des rues, ou se contentant de projeter la sacristie dans la rue ».

La Conférence des évêques de France qui se réunit traditionnellement à Lourdes en cette période organise cette rencontre pour la seconde fois cette année en visioconférence ! Pas folle la guêpe ! On peut rassembler des fidèles dans un même lieu (pour des questions d’argent préoccupantes – plus de quête !- et/ou une désaffection de la pratique ?) mais se protéger soi-même par peur du Covid ? Cherchez la cohérence !
Mais ce qu’il y a encore de plus choquant c’est que la requête de quelques évêques traditionnalistes et de leurs groupies vient 2 jours avant la rencontre virtuelle de la Conférence. Volonté de saborder ces débats et de dire que chacun va de son côté, sans dialogue, dans son petit diocèse où il fait ce qu’il veut, indépendamment d’une parole commune ? Bonjour l’unité !
Je crois que l’unité de la CEF vole en éclat tant la pression des lobbys traditionalistes se fait insistante et surtout méprisante vis à vis des cathos qui ne pensent pas comme eux et qu’ils rejettent pour imposer leur point de vue.

Un prêtre d’Auxerre s’exaspère face à la campagne lancée pour le rétablissement de la messe. Il s’inquiète surtout, du «nombre de malades et de morts qui augmente sous le regard assez froid de tant de complotistes qui demandent la messe et se sentent victimes d’une affreuse tentative de musellement des catholiques de France » rapporte Le journal Libération.

Le même journal ajoutait, moqueur ou provocateur :
« Ces crispations avec le gouvernement français étonnent d’autant plus que le pape François vient de rappeler quelques évidences. Mercredi, lors de son audience générale, le chef de l’Eglise catholique demandait expressément de «faire très attention aux prescriptions des autorités politiques et sanitaires afin de nous protéger de cette pandémie». Les évêques français seraient-ils aussi en train d’entrer en dissidence avec leur pape ? »

J’ajouterai « … et certains ne sont-ils pas en train de s’autoproclamer les seuls garants de l’Eglise de France en passant par pertes et profits ceux et celles qui ne croient pas comme eux ? » J’ai bien peur qu’à court terme cette Eglise là n’emporte avec elle la disparition des communautés cathos de France ? Il n’en restera plus que des purs et durs excluant tous les autres croyants.
La liberté que retrouvent ces derniers en quittant le bateau en naufrage sera peut-être à l’avenir le sel d’un renouveau évangélique . En attendant le mal ronge l’édifice et il faudra des décennies pour que de nouvelles semences germent dans de nouvelles communautés non plus confinées dans un entre-soi mortifère mais ouvertes et dialoguant avec leurs semblables.

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