Edouard

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Photo Ouest-France pour les 100 ans (voir ici le reportage)

Je veux confier ces quelques lignes à Edouard Houis, de la communauté Tabgha, mort ce matin du 21 décembre à 103 ans au terme d’une vie de jubilation.
J’ai fait un long chemin avec lui pendant des années. Sa vie a été pour moi un enseignement et une invitation toujours actuelle dans le registre de la joie.
Son Souffle l’a quitté; alors il s’en est allé jubiler et se réjouir près de son Dieu.
Il n’est pas parti le chercher « au dessus de la voute étoilée, par-delà le firmament ! » comme l’écrit Schiller (voir mon article des vœux 2021 ici) . Un Dieu inaccessible à quoi servirait-il ? Non, Dieu rejoint l’homme par le dedans de nous, à l’intime, et Edouard est monté dans le ciel de mon/nos cœurs pour me/nous inviter à jubiler avec lui.

Edouard était un célébrant  : tout était pour lui invitation à la joie. Son regard plein de bonté pétillait tout autant devant une simple violette, un sourire d’enfant, des gestes amoureux … ou un bon coq au vin ! Il s’extasiait devant l’infiniment petit comme l’immensément grand. Tout était sujet à jubilation intérieure.
 Il savait regarder les informations catastrophiques (misères, tristesse, guerre, conflits…) avec cette délicatesse qui voyait au-delà de ce que les médias proposaient : avec un cœur douloureux de voyant qui discernait le déjà-là d’une réconciliation, d’une paix restaurée, d’une victoire sur le mal. Son espérance à lui c’était de faire sien ce cri  : le mal est vaincu ! et il le « voyait » !

Qu’est ce que je rayonne ?

« Heureux êtes-vous si vous faites cela… »

Edouard mettait cette conviction au service d’un partage pour tous : celle de la bonté, celle de la beauté et, ma foi, c’était contagieux et entrainant ! Il appelait à faire passer au feu les émondages que sont nos encombrements, nos jugements, nos intolérances pour ne laisser nu que l’amour bienveillant. Rude chemin par lequel on savait qu’il était passé, à la suite lui aussi de son Maître intérieur, le Christ. Ce chemin raboteux, à sa manière, il nous invitait à le prendre en confiance : la source de la joie est dans ce rude compagnonnage qui invite encore et encore à Le retrouver dans la solidarité avec les exclus de la terre.
Le reste risque de n’être mièvrerie, autosatisfaction ou épuisement dans des « services » épuisants qui nous éparpillent parce que déconnectés justement de la Source qui est en nous.
Edouard aidait à sortir des impasses, assurait que l’individualisme était « dé-route », que choisir le repli ou décider de macérer dans une tristesse portaient à la désespérance et au non-sens. Il « prouvait » que la « bien-veillance » de chacun sur chacun hissait vers le haut le donneur et le receveur et les propulsait, portés par un Souffle divin de liberté, vers  un indicible bonheur. C’était sa Bonne Nouvelle, celle qui sortait, avec espièglerie, des gangues des conformismes, des mesquineries et des enfermements institutionnels qu’ils soient laïques ou religieux.
Si notre société croit que la vie intérieure n’est plus nécessaire, Edouard, la célébrait à la fois avec ardeur et avec délicatesse à travers la compassion qui était pour lui comme la forme la plus haute de l’amour et de la fraternité. Alors tout devenait louanges et bénédictions et participait à la joie et à la liberté des enfants de Dieu.
Il nous invitait à travers ses chants, comme un testament  :

 « Ne laisse pas ta vie se taire, Ne laisse pas réduire sa voix,
Fais la chanter, ample et légère, Pas de concert complet sans toi,
Fais la chanter, ample et légère, Du plus profond cri de Toi.
Laisse tomber tes feuilles mortes, Tout un passé s’envole au vent,
Les branches de ton arbre portent Sève nouvelle, ton printemps.
La vie en toi, c’est une source, Jaillissement riche et secret
Qui monte et coule et se ressource, Eau fraîche offerte aux assoiffés … « 

fleurs

4 réponses sur “Edouard”

  1. Merci aussi de l’hommage si vivant et si juste que tu fais à Édouard, homme de compassion et de Jubilation.
    J’ai encore dans la tête son chant :
     » Moi, je jubile…
    La terre est emblavée de la Résurrection… »

    Bon chemin en 2021, avec Y. et tous ceux que tu as dans le coeur (et ils sont nombreux!) dans l’Espérance.

    Marie 🌿🌻

  2. Intervention du maire de la commune d’Edouard pour ses obsèques
     » cher Edouard,
    nous voici aujourd’hui réunis pour vous accompagner dans votre dernier voyage,
    ici en cette église Saint Melaine de Brain-sur-Vilaine, cette église si chère à votre coeur, qui vous a accompagnée toute votre vie durant.
    Je voulais vous rendre un dernier hommage à vous, non pas en tant que maire mais en tant que voisin. A mon arrivée à Brain, il y a maintenant 15 ans, vous avez fait partie des premières personnes que j’ai rencontrées. Depuis ce temps-là, j’ai appris à vous apprécier, vous et vos nombreuses qualités non pas d’homme d’église mais d’ Homme tout simplement.
    Gentil, vous aviez toujours un mot gentil ou une délicate attention pour les enfants ou votre entourage.
    Talentueux, que ce soit pour la musique, ou le jardinage avec le soin particulier que vous preniez à vous occuper de vos rosiers.
    Humble malgré vos innombrables qualités et talents, vous avez su toujours rester simple et humble.
    Tolérant envers tous ceux qui auraient pu ne pas partager vos convictions et cela sans aucun jugement.
    Bienveillant et attentif à ceux qui croisaient votre chemin de près ou de loin.
    Drôle, vous saviez toujours tourner vos pensées profondes et graves à la dérision de vous-même. Je me rappelle notre dernière rencontre il y a quelques jours, quand je vous ai demandé comment vous alliez, vous m’avez répondu simplement : « je ne suis pas mourant… »
    Après 102 ans d’une vie bien remplie, le Seigneur a jugé bon de vous rappeler auprès de lui aujourd’hui. Sûrement après avoir considéré que vous avez rempli votre mission ici : celle de nous ouvrir l’Esprit et de nous ouvrir aux autres.
    Vous allez maintenant pouvoir prendre votre repos ici à Brain face à cette maison qui vous aura vu grandir, cette « Maison d’ Edouard » qui verra prochainement le jour comme pour continuer l’histoire.
    Il ne me reste plus qu’à vous dire au revoir et merci.
    Merci d’avoir été tout cela.
    Merci d’avoir été ce que vous étiez.
    Merci d’avoir côtoyé nos vies. »

  3. Merci Xavier de cet hommage (comme aux mages qui suivent l’étoile qui mène à l’Enfant : ils éprouvèrent une grand joie , nous dit le texte)) à Edouard dans sa jubilation « pour les siècles des siècles » (ces mots qu’il a souvent laissés résonner comme célébrant !).

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