Entre pessimisme et espérance

partager cet article :

Dans Télérama du 22 avril 2020 le documentariste Stan Neumann (voir « le temps des ouvriers » en replay sur Arte – 4 volets passionnants) s’ interroge :
« La période singulière que nous traversons avec la pandémie du coronavirus donne à entendre des paroles d’espoir sur de possibles grandes réformes politiques et sociales. Le Tchèque pessimiste qui est en moi se dit qu’une fois passée la crise cet espoir pourrait bien être balayé. Je me trompe peut-être, mais l’égoïsme capitaliste me semble trop puissant pour ne pas reprendre le dessus. Et puis, même si l’on revenait sur la libéralisation effrénée de notre économie, on ne corrigerait pas l’énorme déséquilibre entre l’Occident développé et le reste du monde. Tant que subsistera cette inégalité, on restera au bord du gouffre. »

Je crois qu’il n’est pas le seul à penser ainsi. Un doute profond mine bien des personnes sur la capacité des hommes à se saisir de la crise pour changer de paradigme. J’en fait partie.

Punir et taxer les profiteurs

Des faits passés inaperçus, rapportés dans mes lectures ou sur mes réseaux sociaux m’ont interpellés ces jours derniers.
– un MacDo qui rouvre dans la Seine et Marne : la vidéo montre plusieurs centaines de mètres de véhicules qui attendent leur tour (3 heures !) pour consommer.
– Il n’ a jamais eu autant de crimes en Amazonie contre les protecteurs de la forêt que pendant cette période de confinement.
– à Nantes, à l’énoncé de sa peine, un jeune prévenu, sans domicile fixe, se mutile avec une lame. Il n’avait pas respecté une interdiction de séjour en Loire-Atlantique et violé les règles de confinement !
– dans le XXéme arrondissement de Paris le maire interdit toute communication téléphonique pour des appels de délation à sa mairie débordée, …
– un gouvernement débloque des milliards pour Air France sans aucune contrepartie environnementale et sans planification coordonnée pour le futur…
– 280 000 hectares de forêt doivent être rasés en Papouasie afin d’établir ce qui deviendrait la plus grande plantation d’huile de palme de la planète. Un véritable scandale en Indonésie vu les conditions d’octroi de ces plantations qui vont détruire des forêts riches en espèces. C’est une tragédie pour la biodiversité, le climat, les indigènes et la santé humaine ! Différents virus auparavant limités à ces forêts pourraient désormais contaminer l’humanité…
– Le gouvernement impose sa loi avec le StopCovid sans délibération parlementaire aucune. (Pour rappel c’est le traçage des individus potentiellement atteints du covid mais … Il n’y a pratiquement jamais de retour en arrière avec les dispositifs liberticides introduits en temps de crise -> voir vigipirate …)
– Pendant le confinement des milliards de dividendes sont versés aux actionnaires d’Axa, de Sanofi, de l’Oréal et Total qui se gavent sur le dos des petits et des fonds publics (sans contrepartie sociale ou écologique)…
L’union européenne instaure un libre échange le 28 avril dernier avec le Mexique en toute discrétion au nez et à la barbe des citoyens maintenus dans l’obsession du Covid par les médias …
– et cette colère sourde qui gronde de plus en plus pendant que les élites se pavanent et débitent des âneries.
La liste est aussi longue que mon découragement …

Chacun pour soi et Dieu pour tous ?

Ce qui me frappe entre ces différents faits, et ce qui les réunit, c’est le constat que sur le chemin de leur humanité certaines personnes n’ont pas encore accéder à la prise de conscience de leur déploiement dans ce qui fait leur pleine humanité et de leur interdépendance.
Que je sois humble : je suis sur ce chemin. A peine plus avancé que d’autres mais guère ! L’important ce n’est pas tant le but que de se mettre en route.
Et là, ça craint pour beaucoup.
J’y vois deux conséquences : l’unité n’est pas pour demain. Un combat personnel et collectif pour changer de paradigme s’annonce douloureux au vu de l’individualisme forcené et de la haine qui s’instaure dans toutes les sociétés du monde… y compris la nôtre.
En parallèle des ponts se construisent avec une minorité (Pourquoi sont-ce toujours les minorités qui font bouger les choses ?) pour faciliter notre vie ensemble et prendre soin de l’avenir.
Cette crise devient le révélateur de nos égoïsmes.
Que faire et que dire face à la désinvolture, au mépris et à l’individualisme de beaucoup ?
Avons-nous encore des raisons d’espérer malgré tout ? Comment faire alors notre part et élargir une conscience personnelle et collective ?

il y a en nous un lieu où nous sommes attendus

Commençons par chacun, dans sa quête d’unité personnelle.
Je crois que l’enjeu principal, essentiel, est là.
Au vu de ma propre expérience, je vois et je sais que je suis en dualité perpétuelle, en tension, tiraillé à droite et à gauche par des habitudes, des besoins, des projets, des injonctions contradictoires. Pensées et agirs  m’écartèlent… et je sais donner le change !
Mes tentatives diverses pour grandir en unité ne sont guère convaincantes. Alors ?
Je pense que le chemin de cette unité n’est pas au bout de mes efforts mais que cela se reçoit. Un des lieux de réception est la méditation (sous quelle forme que ce soit : Son expérience est assez universelle et au-delà des démarches religieuses). Elle nous permet de nous sortir de notre petit moi-je pour découvrir Plus Grand que nous, en nous.
Elle nous permet aussi de nous situer dans un autre lieu plus « spirituel » que celui biologique (qui nous mène par le bout du nez) et psychologique (qui fait gonfler notre ego et nos besoin de paraître, d’amour, de reconnaissance et autres).
Ce décentrement de soi permet à la longue de lâcher prise et de ne plus avoir peur des autres, face auxquels nous tentons de les contrôler, les maîtriser, les posséder d’une manière ou d’une autre. Avec quelle facilité je rejette les problèmes sur eux qui sont, bien sûr, responsables de tous les maux de la terre !

Me remettre en cause et faire ma part.

Engagés sur cette route de l’unité personnelle intérieure nous n’avons plus rien à nous prouver et à prouver à notre entourage. Ce n’est qu’au bout de cette « maturité » que nous pourrons nous ouvrir à autrui et entrer en communion vraie et simple avec eux.
Mais une vie entière suffit-elle pour accéder à cette forme de renoncement qui libère ?
Nous sommes têtus.
Un combat personnel donc. Une mise en route : le chemin se fera en marchant.
Mais c’est dans cette recherche de cohérence avec nous-mêmes que nous pourrons rejoindre « les autres » par une sorte d’appel : on ne peut les « réveiller » que dans les lieux en nous qui les attirent, des lieux en nous déjà pacifiés. Les appeler par attirance.
On nous invite souvent à « prendre conscience ». Comme si ça dépendait de notre vouloir. Ne s’agirait-il pas plutôt que notre conscience soit comme invitée par petites touches, de l’intérieur, comme une proposition qui nous est faite … ne pas « prendre » mais recevoir dans notre conscience cette invitation.

Cette invitation à s’ouvrir à ce qui se passe en nous nous fera sortir de ce monde de compétition, de combat, de « guerre » et consentir à l’humaniser.
Non que nous avons pour mission de « sauver l’humanité » mais de participer à sa nouveauté.
Bien dans notre tête et dans notre cœur, ayant trouvé notre quille nous n’aurons plus peur des autres.
S’ouvre alors en nous une capacité d’émerveillement face à la beauté de ceux qui nous entourent. Nous apprenons à les voir, les (re)connaître dans leur singularité et leur humanité, la même que la nôtre. Nous découvrons leurs soifs, leur quête de bonheur aussi tortueuse que la nôtre et pouvons les accueillir là où il en sont pour aujourd’hui parce que chacun se sentira lui aussi respecté.
Chemin de tolérance qui suscite une réciprocité de regard et d’accueil en ce qui me concerne.
Alors nous pouvons nous reconnaître fils de Paix, fils de Justice, entrer dans la « maison » de frères embarqués dans la même aventure pour que le vivre-ensemble puisse continuer de manière aussi heureuse que possible loin des lois de la jungle et du plus fort.
Alors une communion d’action peut se mettre en place, ensemble, dans la compréhension réciproque.

Y a-t-il d’autres moyens pour réveiller, conscientiser et agir de concert ?
C’est en me remettant en cause personnellement qu’un compagnonnage se mettra en place pour saisir les chances de cette crise.
Les « épidémies » intellectuelles, spirituelles, morales dont je me plains chez les autres seront alors balayées.
Les colères et violences face aux faims multiples et aux injustices pourront être mises au service d’une voie du cœur qui s’ouvre sur la fraternité
Utopie ? Peut-être, mais encore préférable au chaos qui nous attend sinon ….
Je n’ai plus que cette espérance pour faire taire mes doutes, mes découragements et mes hargnes.   
En route donc avec tous les gens de bonne volonté pour ne pas sombrer dans le pessimisme et apprendre à écouter la petite voix de notre intériorité … pour ne pas y rester … mais s’engager dans les combats du monde.

partager cet article :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *