La Réunion semaine 1

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En visite familiale pour 5 semaines sur l’île de La Réunion, je poste ici quelques flashes courts faits de quelques « histoires » personnelles et autres vécues ou inspirées ici.
Billets tout simple, vite lus…. En voici 5

Pique-nique

Marché St Pierre

Loin de leur pays, de leur famille et de leurs proches ils sont venus chercher l’inconnu et la nouveauté à La Réunion.
Ce jour pique-nique de retrouvailles sur le bord de mer. Nouvelles relations recomposées et familières pour se redire la chaleur de l’amitié fraternelle.
Mes enfants sont là avec leurs amis. Fière de leur  fils de 2 mois qui s’est bien tenu !
Nous participons à la rencontre.
D’autres familles nous entourent : nous vivons là  une tradition picnic bien du « péi ».
Ce qui m’émeut c’est le fraternité et la solidarité qui se dégagent de ces regroupements. Pour qui sait accepter la différence c’est toujours simple et évident de s’accueillir. La tolérance est grande.
Les enfants au cœur de la vie familiale et amicale sont le ciment des relations et chacun s’en occupe à sa façon même si ce n’est pas « le sien ».
Dans ce cercle pas de communautarisme ou de repliement identitaire.
Durant notre séjour nous serons accueillis dans la maison de deux couples partis en vacances en Métropole.  A charge pour nous de nous occuper des bêtes et des plantes.
Je me questionne sur ces propensions médiatiques en Métropole à vouloir monter les citoyens d’origine différente les uns contre les autres.
Racisme qui devient ordinaire entretenu par des « élites » qui se croient au dessus du lot.
Manipulations des masses comme on dit pour faire passer des pilules indigestes.
Ici je comprends combien la politique politicienne déçoit et rebute. Mieux vaut de vrais amis. Mais cela suffit-il pour changer les injustices ou ne pas s’inquiéter du dérèglement climatique ?  A leur yeux oui : commencer par soi-même est le début du chemin.  La cause commune, le bien commun risquent de déserter l’être-ensemble au non du droit à l’indifférence ou de celui à l’aquoibonisme (Soleil et exotisme aidant).
Mais face au découragement et à l’impuissance qu’offrons nous à nos enfants ? Ils n’ont plus que l’amitié pour s’aventurer en terre inconnue.  

L’océan

Étang Salé

La houle australe vient se fracasser sur le littoral volcanique.
Les vagues d’émeraude, translucides au soleil portent un friselis d’écume blanche sur leur crête qui vient s’accoquiner avec la roche noire de la pierre volcanique.
Le vert des « raisins de mer » apporte une autre touche de couleur au tableau..Au loin l’immense horizon délimite ciels et mer et les contours de la terre.
Assis sous l’éventail des aiguilles des filaos je guette le saut du baleineau accompagné de sa mère qui souffle en geyser son trop plein d’air. C’est l’époque des mises bas dans les eaux tempérées des Mascareignes.
Étrange calme sur cette part de l’océan indien pour le breton que je suis : pas un navire, pas un bateau de pêche côtier, pas un voilier : une étendue immensément vide où pas même les goélands ou les mouettes n’ont pu parvenir. Pas de marée qui rythment les jours et les nuits. Silence, seulement troublé par le ressac.
Seuls des hommes intrépides et insatiables ont osé s’aventurer sur ces étendues marines pour « voir » ce qui se cachait derrière un horizon sans cesse fuyant.
Instants fugaces à saisir intensément pour que le moment présent s’imprime dans le cœur. Car aujourd’hui l’intime devient le nouveau champ des découvertes et des aventures humaines. Et si c’était là l’épopée nouvelle et essentielle des hommes ?

Le pêcheur

Etang Salé

Tel les pêcheurs de Ceylan agrippé sur leur perche, le vieil homme devant moi est concentré sur le bout de ligne attentif au poisson qui vient de mordre.
Accroupi sur ses talons il domine la mer du haut de son noir rocher volcanique.
Son immense chapeau de paille le protège des ardeurs de l’astre du jour. On a beau être en hiver, le soleil sait darder ses rayons !
Immobile, se demande-t-il qui du poisson ou du pêcheur va surprendre l’autre ?
Insensible semble-t-il à la beauté du lieu et du moment toute son attention se focalise sur ce frêle filin qui sombre dans les eaux.
Ainsi, combien d’hommes et de femmes concentrent leur efforts et leur temps sur le futile et le dérisoire au détriment des clins d’yeux de la nature ?
Mais peut-être que la patience, la gratuité et l’apparente inutilité qu’il vit sont aussi d’autres chemins pour découvrir d’autres clins-Dieu ?

Déconfinement

Quelle chance de vivre ce temps de déconfinement loin du tourbillon de ce que nous appelons encore « la vie ».
Dans « les hauts » de la Rivière des cabris à l’île de la Réunion, devant notre case aimablement prêtée par leurs propriétaires partis quelques semaines en vacances en Métropole, non seulement nous mesurons les bienfaits de ce retrait imposé mais nous prenons aussi conscience que ce lieu et ce temps ainsi vécus sont bien la vérité de nos humanités.
Se poser pour ne pas se décomposer, happés que nous étions par un quotidien chronophage, se re-cueillir pour ne plus se disperser tant nous étions pris par les « choses à faire », tenter de vivre le moment présent tant l’avenir sur lequel nous nous n’avons pourtant aucune prise nous dévorait, se regarder vivre en vérité et s’écouter pour mieux s’habiter et casser nos habitudes pour découvrir l’autre, les autres dans leur singularité et leur richesse…. voilà l’étonnant et le simple que nous avions perdus semble-t-il. ..
Le test du Covid demain pour valider son caractère négatif 7 jours après notre arrivée dira que notre présence ici ne sera que la confirmation d’une autre Présence à l’intime.
Relativisant à sa manière que la contagion, la maladie, la mort possibles n’ont de sens que dans la Plénitude de la Vie, « intense » comme le nom de cette île. D’une intensité non de quantité qui submerge et étouffe mais de densité qui dure toujours. L’éternité dès maintenant dans la simplicité de l’instant présent.

Tromelin

En partant de la Métropole vers La Réunion la grosse musique du racisme, du
déboulonnage des statues des négriers, des violences policières vis à vis des populations de couleurs battait son plein.
J’ai découvert ici, à travers une lecture, la triste histoire de Tromelin. Sur ce caillou au ras de l’eau, perdu au milieu de l’océan indien, loin des routes maritimes traditionnelles, à  500 kms de la terre la plus proche, au dix-huit ème siècle un navire négrier est venu se fracasser sur ses récifs d’à peine 1 km2. (700 m sur 400). Vous découvrirez cet événement sur internet. 70 esclaves malgaches ont été « oubliés » par les français (bretons de Lorient) pendant 17 ans sur ce rocher sans arbre, ouvert à tous les tempêtes cycloniques (le point le plus haut est à 8 m !)
A lire cette triste histoire on a vite fait de prendre la mesure de la bêtise, de la méchanceté et de l’exploitation des hommes par d’autres hommes. Quelle violence et quel mépris,  souvent justifiés par la religion ! (Bossuet lui-même défendait la cause de l’esclavage sous prétexte que l’apôtre Paul en parlait).
On se demande où peut se cacher le fait de se croire supérieurs à d’autres hommes sous prétexte d’une couleur de peau blanche. Vieux relents religieux de pureté qui viennent justifier l’injustifiable.
Tout ça pour une histoire d’argent : favoriser le commerce avec les Indes.
La route est longue et dure pour que fleurissent la fraternité et l’égalité. Sortirons-nous un jour de ce funeste état ?
J’ai des doutes. Il nous faut apprendre d’abord l’accueil, la bonté et la tolérance. .. Qui les enseignent encore aujourd’hui dans ce monde où chacun tente de survivre pour lui-même et les siens ?
Nous nous en sortirons tous ensemble ou pas du tout. ..

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