Lettre aux mouvements et organisations populaires

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A se focaliser sur le Covid 19, les médias mainstreams ne nous ouvrent guère à d’autres événements tous aussi importants.
En plein pandémie, le jour de Pâques, le pape François écrit une lettre aux mouvements et organisations populaires (rien que ces appellations n’intéressent pas les médias !)

Qui sont ces destinataires ?
Essentiellement des acteurs de terrain qui agissent concrètement au service de personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires partout dans le monde.
Que leur dit-il ?« Vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique ».

On est d’autant plus loin d’une action caritative ou philanthropique que ces mouvements œuvrent dans des lieux oubliés du marché ou de l’Etat.
A titre d’exemple, nous les retrouvons en Seine-Saint-Denis ou la population meurt de faim et sans l’intervention de ces organisations, il y a belle lurette que des violences urbaines se seraient manifestées (Ce n’est peut-être que partie remise). Elles opèrent tout aussi bien dans les favelas de Rio de Janeiro, près des paysans sans terre -MST), que dans les bidonvilles des Philippines.
Ces combats humanitaires « dans les tranchées les plus périlleuses » suscitent la méfiance des responsables gouvernementaux qui considèrent ces populations non plus comme des exploitées mais comme des « déchets » (La joie de l’Evangile) et ces acteurs comme des trublions de la bien-pensance et des empêcheurs de tourner en rond (c’est à dire de se faire des profits tranquillement) .

Un salaire universel pour reconnaître le travail de tous

Mais l’événement en question dans sa lettre de François porte sur ces « travailleurs informels, indépendants ou de l’économie populaire » qui n’ont pas « de salaire fixe pour résister en ce moment » en proposant « tout simplement » l’idée que « sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et si chrétien, une réalité : pas de travailleurs sans droits ».

Il propose un salaire universel ; pas un revenu ou une aide ou des primes exceptionnelles. Comprenons bien : il existe tout un travail (associatif, domestique, des seniors, informel) dont l’utilité est bien plus grande que certains emplois et qui mérite reconnaissance et salaire.
Comprenons encore mieux : le salaire d’un travail ne se limite pas à un travail professionnel, d’autant moins que celui-ci dépend de dirigeants économiques qui décident de son coût, souvent en position basse (voir le salaire des soignants, des uberisés, et de tous les « premiers de corvées »).
A travers cette proposition de salaire universel le pape François invite à repenser le travail en fonction de son utilité sociale plutôt qu’en fonction des marchés financiers ou d’une affaire de coût ou de profit.

Transformer notre système économique

Le pape François est bien conscient, (et son encyclique « Laudato si » nous le rappelle) qu’un simple ajustement par ce salaire ne suffit pas si, en même temps, nous ne prenions pas en compte d’autres problèmes cruciaux : « J’espère que les gouvernements comprendront que les paradigmes technocratiques (qu’ils soient étatistes ou fondés sur le marché) ne suffisent pas pour affronter cette crise, ni d’ailleurs les autres grands problèmes de l’humanité ».
Parmi eux donc, il y a le défi de l’écologie intégrale et du dérèglement climatique.  
Le développement intégral de l’homme passe par une transformation en profondeur de nos personnes et de nos sociétés. Pas seulement économique (qui reste encore la priorité pour certains) mais aussi social, intellectuel et spirituel.
Comment ?
le pape nous invite avant tout à ralentir et à penser : « notre civilisation, si compétitive et individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes excessifs et des profits démesurés pour quelques-uns, doit être freinée, se repenser, se régénérer ».


Par qui ?
En s’adressant aux mouvements populaires, ceux qui sont sur le terrain et ont les mains dans le cambouis (certains au risque de  leur vie comme en Amazonie), François semble plus compter sur ces acteurs que sur les experts, les élites ou les grands patrons :  « Vous êtes des bâtisseurs indispensables à ce changement inéluctable » affirmera-t-il.
C’est du peuple de la base que surgira ce développement humain intégral.
Lors de mes séjours au Brésil, il y avait une expression que fédérait ces travailleurs de l’ombre : les « 3 T ». T comme Travail, Toit et Terre. le Pape François les reprend. Comme étant la base de toute dignité humaine. Loin de l’orgueil des gens friqués pour qui l’argent fait le bonheur et la respectabilité.
Il invite à mettre «  fin à l’idolâtrie de l’argent pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence ».

Certains vont crier à l’assistanat ou déclarer que ces mesures favorisent la fainéantise. Pour le pape il n’en est rien : Il a montré l’interaction entre le travail et le salaire : « Il doit être clair que le véritable objectif à atteindre n’est pas le ‘revenu pour tous’ mais le ‘travail pour tous’ ! Car sans travail pour tous, il n’y aura pas de dignité pour tous… Sans travail, on peut survivre, mais pour vivre, il faut du travail »  
(Rencontre du 27 mai 2017 avec le monde du travail à Gênes)

Je me plais à penser que, pour la plupart d’entre nous, nous faisons partie de ce peuple de la base et qu’il nous incombe, concrètement, avec nos moyens et nos limites, de participer à cette émergence d’une humanité nouvelle.
Le pape plaide pour des évidences. La force de sa parole et de ses convictions en font une personne autorisée pour être entendue sur les causes profondes des injustices qui minent notre monde et nos sociétés. Pourquoi ne l’entendons-nous pas ?

 « Il est de la responsabilité des chrétiens de s’engager »

photo le Télégramme braderie secours catholique

Cette invitation du Pape François pourrait s’étendre à tous les citoyens de notre Planète au vu de l’urgence. Mais comme il s’adresse à des catholiques arrêtons nous un peu sur sa proposition.
Savent-ils ces cathos qu’il existe une doctrine sociale de l’Eglise (pas piquée de vers !) et qui s’appelle d’un gros mot « le Compendium ». C’est la somme de toutes les décisions prises par l’Institution depuis des siècles, à la lumière de l’Évangile, pour favoriser le vivre ensemble politique, économique et social. Il est certainement plus lu par les militants de tous bords (les communistes de l’Ariège en ont fait leur soirée pendant un an avec plaisir il y a quelques années) que par les fidèles catholiques.
(Pour ceux qui veulent en savoir plus j’avais écrit un article ici sur la Doctrine sociale de l’Eglise (DES) )
Evidemment, un gros mot surgit celui de « politique ». Impensable pour certains (croyants ou non) de faire de la politique. Et pourtant, ne pas en faire c’est une manière d’en faire !
Dimension difficile à intégrer pour certains et par beaucoup de ceux qui sont à leur service : prêtres, évêques.
Si la politique est l’art de vivre ensemble comment peut-on se désengager et se désolidariser de cette manière d’évangéliser ?
C’est peut-être là, aujourd’hui, le lieu par excellence de bâtir ce que les Evangiles appellent « Monde nouveau », « Royaume de Dieu », « Vie éternelle », Vie en plénitude » …

Voilà. Je voulais briser le « silence » regrettable des médias, y compris catholiques.
Se pose la question de nos sources d’information. Les miennes sont éclectiques (L’humanité, La Croix, Basta, Reporterre en revues,  Le Média, RT 24 en TV.)

Pour conclure : « J’espère que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence ».

On peut lire cette lettre du pape François ici (2 petites pages) :

Lettres aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires 

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