4 Chrétiens et Gilets jaunes

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4 – La Doctrine sociale de l’Eglise (DSE)

Ce 4 éme  volet voudrait se focaliser sur la doctrine sociale de l’Église catholique.
Ne rigolez pas ! Si ! Si ! Il existe une doctrine sociale et même fort pertinente. J’ai même vu des communistes s’y référer et puiser des références pour leur engagement !

Peu de catholiques en revanche la lisent. Savent-ils même qu’elle existe ? Aussi, plus j’avance dans cette petite réflexion, plus je crains de donner des boutons à certains cathos…. tradis ou intégristes qui préfèrent se réfugier dans une religion décollée du réel.
Avec les 3 premiers posts j’ai essayé de montrer que nous sommes dans une fidélité du croyant envers son Dieu de manière universelle et depuis tous les temps bibliques. Du moins tentons  nous d’être fidèles à cette cohérence de foi. 
Pour situer mon propos lire l’intro de mon premier post :
Et voila donc maintenant que l’Eglise met son grain de sel aussi dans cette dimension politico-économique du vivre-en-commun. Mais n’est-ce pas cela l’incarnation ? et ce n’est pas piqué de vers par sa manière d’ enfoncer le clou !

Et oui, l’Eglise s’est élaboré une doctrine sociale. Jusqu’au 19 éme siècle elle surfait sur la tradition et le « allant-de-soi » des évangiles : aimer son prochain comme soi-même. Chrétienté et pouvoirs politiques s’épaulaient mutuellement pour maintenir un système en place. « Ca » tenait vaille que vaille : n’était-ce pas établi de droit divin ? Rois et papes se tenaient par la barbichette en toute « bonne » foi.

la DSE n’est en rien un ensemble de règles et de commandements mais un référentiel de valeurs dans lequel peut s’exercer librement la conscience humaine.
Elle vise à faire des propositions en accord avec l’enseignement des Évangiles et à la lumière du savoir et de la sagesse accumulée depuis l’origine de l’Eglise.

La DSE se focalise sur l’humanisation des personnes, On pourrait la définir comme le processus permettant à chaque individu de s’accomplir en tant qu’Homme et de trouver pleinement sa place dans la marche du monde.
Elle essaye plus largement de prévenir la mise en place de structures sociales, politiques ou économiques qui conduiraient inéluctablement à la « déshumanisation » des personnes.
Qui, parmi les chrétiens, connait ses cinq principes ? Résumons les :
– Le bien commun : vous noterez « bien commun » à tous, et non « intérêt général », comme disent nos politiques, où certains restent sur le bord de la route. Comment choisir ce bien, celui qui doit primer dans les revendications des GJ ?
– La destination universelle des biens. Comment les pauvres peuvent-ils en « profiter » eux-aussi ?
– l’option préférentielle pour les pauvres.
– La subsidiarité : ne pas faire à sa place ce qu’un plus petit ou un subalterne peut faire.
– La solidarité qui nous fait co-responsables les uns des autres dans la reconnaissance de l’autre comme une personne et non une simple variable d’ajustement par exemple.

 5 principes à vivre dans 7 lieux :
– La famille comme première cellule de la Nation
– Le travail où chaque personne devrait se construire
– La vie économique dans la création et la distribution des richesses et l’accès à une vie décente
– La communauté politique qui devrait organiser le pouvoir, la défense des plus faibles et oriente l’économie.
– La communauté internationale qui permet à toutes les nations de vivre en harmonie.
– La sauvegarde de l’environnement parce que la terre est un bien qui appartient non seulement à cette génération mais aussi à toutes les générations futures et dont il faut donc se préoccuper des maintenant.
– La promotion de la paix

Tout cela est développer  dans un gros bouquin appelé Compendium : en savoir plus sur le sujet : http://www.facebook.com/CompendiumDSE

Comment est né cette DSE ?

le premier texte a été publié en 1891; Ils s’inspire des réflexions et de l’action des « chrétiens sociaux ».  Cette encyclique appelée « Rerum novarum » (les choses nouvelles)  , écrite face à la montée de la question sociale, condamne « la misère et la pauvreté qui pèsent injustement sur la majeure partie de la classe ouvrière » tout autant que le « socialisme athée ». Elle dénonce également les excès du capitalisme et encourage de ce fait le syndicalisme chrétien et le catholicisme social.

les « Choses nouvelles » en question, ce sont l’industrialisation naissante qui modifie la société et donne naissance à une classe nouvelle, celles des ouvriers au XIX siècle. L’Eglise constate que les rapports sociaux entre patrons et ouvriers deviennent anxiogènes et la pousse à intervenir à intervenir afin de rechercher une « solution conforme à la vérité et à l’équité ». Le Pape Léon XIII condamne alors « une situation d’infortune et de misère imméritée » des classes inférieures, ainsi que la concentration dans les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce, qui  » impose un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires… les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. »
L’argent devient déjà la fin majeure de l’entreprise qui embauche alors de plus en plus d’hommes, et jusqu’à des enfants. L’homme devait exister pour servir l’industrie, et non l’industrie exister pour servir l’homme. Servir l’industrie qui, elle, devait servir l’argent.
« Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal qui n’a cessé d’être pratiquée par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité » .
.Aussi l’Eglise se donne le droit de s’occuper dans ce qui, pour elle, relève de ses oignons, pour que les patrons, respectent en l’ouvrier « la dignité de l’homme » et que les ouvriers réalisent correctement leur travail. Premier balbutiements d’une pensée qui n’est pas exempte de compromissions et de jugements pour préserver son pré carré. Mais la doctrine est en route et de nombreux documents  (une trentaine) viendront étoffer jusqu’à aujourd’hui cette doctrine sociale. Parmi les plus célèbres : « Paix sur la terre », « le progrès des peuples », et celui, récent, consacrée à l’écologie « Laudato Si »…
La DSE prône un développement intégral de l’homme et un développement solidaire de l’humanité :
« Être affranchis de la misère, trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi stable, participer davantage aux responsabilités, hors de toute oppression, à l’abri des situations qui offusquent leur dignité d’hommes, être plus instruits  ; en un mot, faire, connaître, et avoir plus, pour être plus, telle est l’aspiration des hommes d’aujourd’hui… », et « ce désir est légitime… »
L’homme ne sera plus un loup pour l’homme mais il s’agira « de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée  ; un monde où la liberté ne soit pas un vain mot …  »

Vatican II affirmera « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».

Toutes les situations humaines où sont impliqués les hommes et les femmes de ce temps intéressent l’Eglise : travail, économie, politique, environnement, droits de l’homme…
La DSE ne se réduit pas à une  idéologique. Elle ne cherche pas à imposer ses idées mais à donner des bases telles que le respect inconditionnel de la vie humaine et le respect de la dignité de chaque personne humaine, bases puisées dans l’Évangile.

C’est l’arrivée du Pape François qui va bousculer un peu plus les chrétiens catholiques et les inviter à s’engager concrètement au service de la Justice, de la Fraternité et de la Paix. Jusqu’à présent seul un petit nombre œuvraient en ce sens. (JOC, CCFD, Secours catho….) . Aujourd’hui il appelle à rejoindre les périphéries existentielles de nos sociétés.

Carlos Scannone, jésuite argentin dit du Pape à propos de « l’absurde social » :  « il  (Pape François) a perçu un phénomène émergent nouveau : les mouvements populaires, constitués de groupes et de réseaux de différents continents, métiers, peuples, cultures, religions. Ils sont constitués mais dépourvus d’un ou des trois ’T’ : terre, toit, travail. Les considérer comme un signe actuel des temps est l’autre visage de l’option préférentielle pour les pauvres, non plus seulement en tant que destinataires mais comme sujets collectifs actifs de la libération humaine intégrale ’de tous les hommes et de tout l’homme ».  Le pape François entrevoit dans ceux qu’il appelle « protagonistes », « faiseurs d’histoire et poètes « comme des acteurs qualifiés d’un autre ordre mondial réellement possible ».

« Rejoindre les périphéries existentielles… »  et si cette invitation était un moyen de ne plus les laisser sur la touche, sur le bord de la route mais de les placer au cœur du dispositif de la société ? Pour qu’ils deviennent les « premiers de cordée » et que chacun marche au pas du plus petit, du plus faible, du plus démuni, à son rythme et selon ses capacités… Ça « ruissellerait » autrement !

voir les autres articles :
-1)  https://kestenig.fr/chretiens-et-gilets-jaunes/
-2) https://kestenig.fr/chretiens-et-gilets-jaunes-2/
– théologie de la libération: https://kestenig.fr/chretiens-et-gilets-jaunes-3/
– mistica : https://kestenig.fr/mistica-des-sans-terre-et-gilets-jaunes/

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