Prière : Risque ta vie et mange ta mort

Comme dans tous les époque de malheurs, depuis la nuits des temps, l’homme ressent le besoin de se confier à une divinité ou une transcendance qui pourrait le protéger. Comme aujourd’hui face à la pandémie du Covid-19. Il y a en lui comme un sursaut, un réveil pour se confier à plus grand que lui quand quelque chose le dépasse ou quand il n’a plus la mainmise sur les événements.

Un besoin de transcendance au cœur de tout homme

C’est peut-être dans ces moments de déréliction que se vit cet appel à être protégé ou à confier sa vie, celle de ses proches, de son pays. Comme si était nichée au plus profond de sa conscience ou de son âme une intuition d’une transcendance protectrice.
L’homme alors prie son Dieu.
Dans les Eglises chrétiennes, surtout catholiques, beaucoup de pratiquants n’ont pas compris la nécessité de se protéger et, en conséquence, de s’abstenir de tous rassemblements dominicaux ou autres. Leurs pratiques et leurs prières suffisent ! Chez les musulmans, l’injonction de supprimer la prière du vendredi a suscité l’indignation de certains fidèles, qui ont condamné ce qu’ils considèrent comme une hérésie.
Tous oublient que « le souci de chaque personne et du bien commun doit toujours primer ». Mais décollés des réalités terrestres, ils pensent que la priorité est celle du ciel… Mais laquelle ? Celle de servir et honorer un dieu qui peut punir, se venger ?…
Comme si le fait de prier ou d’invoquer son dieu mettait le croyants à l’abri ! La trouille est mauvaise conseillère  …
Et on voit fleurir un peu partout sur la toile et les mails des appels à une neuvaine, des dévotions particulières à tel ou tel saint, des chaines de prières pour éloigner le mal, des récitations de chapelet, des invitations à des prières perpétuelles, des appels dans les sanctuaires à prier et prier encore …

Même le Pape François, à Rome brave les interdits de confinement et va à pied dans les rues vides de monde pour aller implorer la guérison des malades du Coronavirus dans l’église de San Marcello où se trouve un crucifix miraculeux qui en 1522 fut porté en procession dans les quartiers de la ville pour mettre fin à la « Grande Peste » à Rome.

En tant que chrétien, tout cela me laisse songeur. Je crois à la prière. mais de quelle prière parlons-nous ?
Car Dieu peut-il intervenir ? Et intervient-il au bout de nos efforts pour le prier ? Peut-il changer le cours de l’Histoire ? Protège-t-il certains et pas d’ autres ?

Un Dieu bouche-trou ?

Si nous devons prier c’est pour recevoir la force de vivre ce que nous avons à vivre dans l’aujourd’hui de nos vies. Nous n’avons pas à nous démobiliser en pensant que Dieu fera le nécessaire pour nous sauver. « Sauvés », nous le sommes déjà. C’est notre foi en la Vie plus forte que la mort. Mais Dieu ne le fera pas sans nous; sans notre consentement et sans notre participation aux « gestes qui sauvent ».
De cette référence immémoriale à un dieu tout-puissant et protecteur nous avons hérité une croyance que Dieu pouvait tout.
Pour un chrétien, c’est faux.
Mais alors les miracles, les interventions de Dieu dans la Bible direz-vous ? C’est à cause de notre manque de foi dira le Christ. Ils sont donné comme signes qui révèle le Père et non comme preuves de son existence majestueuse et lointaine.

Peu glorieux le Dieu des chrétiens !

Jésus, le Christ, est venu nous dévoiler une toute autre image de son Père. Celle d’un Dieu impuissant, qui n’intervient pas dans les affaires humaines ou de la nature. Celle d’un Dieu qui se fait pauvre et humble pour rejoindre les hommes. Il ne leur épargnera pas les turbulences, les souffrances de la vie et l’inconscience des hommes. De sa naissance dans une étable à sa mort sur une croix entre deux bandits on ne pas peut dire que ce Dieu là est un Dieu glorieux.
C’est un Dieu vulnérable, à la merci des hommes.
Je suis toujours touché par le cri du Christ lors de sa Passion : « Père, que ce calice s’éloigne de moi ! ». Que voulez-vous que le Père réponde au cœur de son impuissance si ce n’est « O mon Fils, si ce calice pouvait s’éloigner de toi ! ».
Dieu n’a pas pu épargné de la mort son propre fils !

Un Dieu proche

Notre prière est celle d’une mise en présence face à ce Dieu discret qui se fait proche en demeurant en chacun de nous. Avec lui, nous pourrons traverser les ravins de la mort.

Notre prière sera silence face à l’absurde et la bêtise et écoute fine des invitations que nous recevrons de l’intime.

Notre prière est celle d’implorer l’Esprit sur notre Monde. L’Esprit créateur, Lui avec nous et nous avec Lui, pour transformer nos peurs et nos maux en source d’espérance. Le reconnaître comme agissant en tout homme sans cesse et sans cesse.
Notre prière est celle qui fait entrer dans la confiance que nous sommes appelés à la Vie; même sur le chemin de la mort, elle nous donne l’assurance d’une Unité vivante avec ce Dieu en nous qui nous appelle à devenir comme lui.

Une prière solidaire

Notre prière ne peut pas être que solitaire. Elle est solidaire .comme nous l’enseigne le Christ : « Notre Père… » Alors ce « nous » qui fait de nous un Corps nous engage à œuvrer pour le bien de tous, à guérir tous chagrins, toutes appréhensions et ne nous dispense surtout pas de nous investir.
J’aime la prière des moines et moniales, celles des personnes âgées, dont c’est le rôle de prier pour le Monde quand l’agir de ceux qui peuvent encore se décourage ou se désole. Quand l’heure de la mort arrive pour soulager le mourant. … Pas forcément pour ne pas interrompre une « adoration perpétuelle  » qui se dit à Montmartre depuis 135 ans et maintenir « une chaîne de prières qui ne s’est même pas arrêtée pendant la guerre 35-45″… La raison est plutôt maigre !

Notre prière est pour ici et maintenant pour nous coltiner l’insupportable de la situation et non pour fuir dans un futur éternel qui serait récompense.
Le Christ nous invite à prier. Mais pas pour demander l’impossible. C’est pour établir une relation avec son Père et notre Père qui nous permettra d’affronter en sa compagnie les difficultés et nous poser en fils, confiants qu’avec lui nous pourrons les traverser, d’une manière ou d’une autre, car il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin.

Notre prière sera celle de véritables fils qui se dressent dans leur dignité et qui s’adresse à Dieu dans un  face à face.
Dieu aime (je crois) que nous le prions car notre prière nous met en situation de « dépendance » : nous ne sommes pas l’origine de notre vie. Le prier c’est, pour un chrétien, en prendre conscience et le reconnaître comme Père, se situer face à lui comme des fils. Pour autant cette prière filiale est remerciements et actions de grâce et non demande d’intervention divine dans la vie des hommes (Pour supprimer le coronavirus ou avoir son permis !).

La prière d’un ami à son Ami

Notre prière est celle d’un ami à son Ami. Elle est source de liberté, celle des enfants de Dieu, joyeuse et confiante ou désespérée parfois.
Notre prière est celle pour conforter et réconforter nos frères dans leurs désarrois, leurs misères. Notre prière sera alors stimulante et encourageante pour eux ( prière du P Monier à méditer ci-dessous).  
Notre prière ne peut être demande de miracles ou de merveilleux car le Dieu des chrétiens n’est pas magicien ou enchanteur.
Notre Dieu nous renvoie à participer avec lui à sa Création : nous sommes dans le septième jour de cette Création. Dieu ne se repose pas mais se re-pose sur l’homme pour poursuivre, cette Création nouvelle, nouvelle depuis l’aube des temps, maintenant, à chaque instant.

Accueillir la prière de Dieu à l’homme

Notre prière sera d’accueillir celle de Dieu qui prie l’homme d’arrêter ses « conneries », qui le supplie de prendre soin de sa création, qui l’appelle à grandir dans sa beauté et sa liberté, qui l’invite à se libérer de tous les carcans de religiosités qui l’empoisonnent.
Dieu aurait-il besoin des hommes ? Oui sans doute comme le disait Florin Callerand de La Roche d’or :
« Pratiquer la miséricorde envers Dieu, car Il en a besoin dans un monde qui lui fait mille misères et souffrances, par ses errances, ses arrêts de croissance, ses blessures, en l’aidant en chacune de ses créatures comme en soi-même, c’est certainement là le rôle le plus royal de la liberté humaine » .
Dieu se meurt en chacun de ceux qui souffrent et agonisent.
Prendre soin des hommes c’est prendre soin de Dieu.
Et le prier c’est l’aider et nous aider à grandir dans cette magnifique compassion pour Lui et pour tous.
Alors prions ainsi. Dans la contagion d’être déjà exaucé parce que notre prière est confiance pour pouvoir traverser la pandémie, fraternité qui fait grandir, filialité qui nous apprend à nous recevoir de ce Dieu qui se donne par les frères et action de grâce pour la Vie reçue, donnée et à venir.

La prière du Père Monier :

« Ne dis pas : trop pauvre !
Donne-toi hardiment…

Ne dis pas : trop faible !
Lance-toi en avant…

Ne dis pas : trop petit !
Redresse-toi de toute ta taille…

Si le fardeau est trop lourd,
 pense aux autres…

Si tu ralentis, ils s’arrêtent…
Si tu faiblis, ils flanchent…
Si tu t’assoies, ils se couchent…
Si tu doutes, ils désespèrent…
Si tu critiques, ils démolissent…
Mais…
Si tu marches, ils courent…
Si tu cours, ils volent…
Si tu leur donnes la main, ils t’aident et te soutiennent…
Si tu les prends en charge, ils t’aiment…
Prie avec eux et en leur nom, ils se diviniseront…
Risque ta vie et mange ta mort ;

Ils vivront et tu revivras.

2 réponses sur “Prière : Risque ta vie et mange ta mort”

  1. Voilà un concentré de prière vivante et empreinte d’une réelle humilité ! Là est la rencontre, vraie, bouleversante…. qui mobilise !
    Merci

  2. J’aime cette vision de Dieu que je fais mienne. Dieu nous laisse toute la place pour continuer sa Création. A nous (si il y a une prière)
    c’est celle envers l’Esprit, qu’il nous aide à chercher cette place
    Merci

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