Samedi Saint

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« …Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas….. »

Samedi Saint
Ainsi ils l’ont eu.
Les tenants des pouvoirs politiques et religieux en place qui ne s’entendaient guère ont réussi à faire cause commune pour se débarrasser du gêneur.
Insupportable !
Il voulait libérer ses contemporains de toutes les chaînes religieuses, les pesanteurs morales, les carcans dogmatiques qui les écrasaient.
Remise en cause certaine d’un mode de pouvoir et de sa maîtrise…
Intolérable pour eux ! Comment le système  va-t-il pouvoir tenir ?

Sidération pour sa famille et ses amis.
Temps suspendu ce samedi saint…
Comme en attente d’un on ne sait quoi…
Ténèbres.



Ça ne peut donc que finir comme ça  ? Dans la déroute et le le non-sens  ?
Une femme, sa mère, (les mères croient toujours en l’impossible, même si tout semble le contredire) participe douloureusement à ce questionnement.
Hier, debout le long de la croix, naissaient une maternité une filiation nouvelles : « Vois ici ta mère. Vois ici ton fils « .
Dans les souffrances  d’un accouchement et d’une mise au monde inédits.
Et c’est ainsi en tous temps et en tous lieux pour celui ou celle qui ose s’aventurer dans l’In-ouï.
Pour quelle monde nouveau ? Pour quelle humanité transfigurée ?
Il nous faut renaître… Oui, mais à quoi ?
Il nous faut devenir fils … Oui, mais comment ?
Hier, la mère et le disciple que Jésus aimait entraient dans la nuit  profonde  de la foi. Vers quelle lumière ?
Car il n’est de foi que confrontée au doute, chercheuse, tâtonnante, « espérante » contre toute espérance …

Ce mot de Péguy  :

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite espérance …

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Mais l’espérance ne va pas de soi….

L’espérance ne va pas toute seule.

Pour espérer, mon enfant,
il faut être bien heureux,
il faut avoir obtenu,
reçu une grande grâce.
[…]
La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention,
le peuple chrétien n’a d’attention que pour les deux grandes sœurs.

La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
À l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs,
n’a de regard que pour les deux grandes sœurs.

Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue entre les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.

C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est.
Et elle elle aime ce qui sera… « 

Amis, entrons ensemble dans cette fragile espérance …

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