Théologie de la libération 1

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Nous sommes au troisième séjour chez notre fils au Brésil. Occasion de me souvenir des séjours précédents et des notes prises à ces occasions pour le site du CCFD Plouay (aujourd’hui fermé).
Je me propose de les reprendre, du moins certains thèmes comme celui de la théologie de la libération (en 3 parties) ou celui des paysans sans terre (6).
Le poids négatif et l’opposition virulente des conservateurs et des intégristes au sein de certaines églises tant catholiques que protestantes sur l’ approche de la théologie de la libération m’invite à ce petit rappel toujours d’actualité… (5 petites minutes de lecture pour chaque article)
J’écrivais alors en 2016 :

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« Lors d’une rencontre avec des membres du CPT (conseil pastoral de la terre) nous avons été rejoints par leur enthousiasme à propos des ouvertures que faisait le Pape François quand à la théologie de la libération.
Un vrai Souffle pour eux !
Et quelle espérance sur leurs visages  !

De quoi s’agit-il ? L’histoire des sans-terre portée, soutenue, développée par l’Église catholique est indissociable de la théologie de la libération qui s’est développée dans tout le continent sud et centre américain. Que d’encre a coulé et coule encore sur cette théologie.

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Nous l’avons vu dans les précédents posts que l’Eglise catholique a joué un rôle prépondérant lors des dictatures militaires organisées par les Etats Unis (voir ici). Elle était le seul espace de mobilisation sociale. Le déclic s’est opéré au moment de la Conférence Episcopale Latino-Américaine (CELAM) de Medellín en Colombie en 1968, où elle décida d’adopter « l’option préférentielle pour les pauvres ». Dans leur texte final, les évêques proclamaient : « Nous sommes au seuil d’une époque nouvelle de l’histoire de notre continent, époque clé du désir ardent d’émancipation totale, de la libération de toutes espèces de servitude. »
Deux mois auparavant, le théologien péruvien Gustavo Guttierrez utilisait l’expression « théologie de la libération ».
Une multitude de « Pastorales Sociales » allaient, en pleine dictature militaire, offrir les seuls espaces de mobilisation sociale accessibles sur des sujets comme la réforme agraire (Pastorale de la Terre), mais aussi la santé publique (Pastorale de la Santé), les droits des femmes ou des enfants, ou encore le système pénitencier (Pastorale Carcérale). Aujourd’hui encore, nous l’avons déjà écrit, la majorité des principaux dirigeants de mouvements sociaux, syndicats et organisations de défenses des droits de l’homme sont directement issus de l’action pastorale de l’Église catholique.
Pendant les dictatures, la théologie de la libération a trouvé ainsi un terreau propice à sa réception. Un terreau économique d’abord, avec un développement inégalitaire, une urbanisation galopante du continent et une paupérisation des masses. Un terreau politique aussi, avec des régimes dictatoriaux (Brésil, Chili, Argentine, Amérique centrale), des guerres civiles (au Nicaragua), et une répression des organisations de la société civile (syndicats, partis politiques). Dans les années 1980, la doctrine économique du néolibéralisme, imposée par les Etats-Unis, a accru ce terreau.
En Amérique latine, la religion catholique a toujours été un soutien du pouvoir et de l’ordre établi. Or la théologie de la libération est, en revanche, du côté des pauvres et légitime leur protestation. Les théologiens de ce mouvement ont réagi puissamment à une situation historique précise de sous-développement qu’ils ont interprétée avec une optique marxiste. Les pays sud-américains étaient considérés comme « sous-développés », c’est-à-dire réduits à l’état d’esclavage par les pays du nord (surtout USA) qui leur ont imposé par la violence leurs normes libérales et leur libre échange économique.

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Dans ce contexte de pauvreté extrême, la théologie de la libération est une interprétation du réel : les structures de domination lui servent de guide de compréhension. Cette théologie s’attaque au système qui fait qu’il y a des dominateurs et des dominés. Elle ne repose donc pas tant sur des concepts dans les nuages que sur des idées ancrées dans leur contexte historique et géographique.
Plusieurs Églises, dans ce contexte difficile, ont réagi en créant les fameuses communautés ecclésiales de base, formées localement par les fidèles dans un but religieux d’abord, mais qui formèrent ensuite la base des futurs mouvements sociaux brésiliens. Ils organiseront de nouvelles lectures de la situation des pauvres et des exclus. Ils invitent à lire, à commenter, et à réfléchir sur leurs vécus en les reliant aux textes de la Bible. C’était de petites communautés qui se retrouvaient par petits groupes de 30-40 personnes.
Au cœur des dictatures sud-américaines, placer ainsi l’homme au centre de la réflexion croyante, non pas un homme abstrait mais un homme engagé dans sa propre histoire et acteur de sa libération, allait avoir un véritable impact car la théologie de la libération offrait une réponse spécifique à toutes les communautés opprimées qui découvraient qu’une espérance était possible et que rien n’était définitivement écrit.

« La théologie de la libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu… « La création d’une société juste et fraternelle est le salut des êtres humains, si par salut nous entendons le passage du moins humain au plus humain. On ne peut pas être chrétien aujourd’hui sans un engagement de libération », dira Gustavo Gutiérrez..
à suivre…

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