Babel la Grande : Au revoir Brésil

Maya nous invite pour notre dernière soirée au Brésil.  Elle habite au 29 ème et dernier étage de son immeuble déjà situé en hauteur de la ville de Sao Paulo. Elle a abattu les cloisons et son appartement qui ne fait plus qu’une seule et immense pièce et offre une vue extraordinaire à plus 240 degrés sur la mégapole. Lever de soleil panoramique au levant et coucher à  l’ouest dans une ronde quotidienne…

Aussi loin que portent les yeux, c’est une forêt d’immeubles qui s’étale sur des dizaines et des dizaines de kms à la ronde.
 Dans le soir couchant une noria d’hélicoptères s’affairent à déposer leurs passagers sur les toits de leur habitation en haut des tours. Sao Paulo compte la plus grande concentration d’hélicoptères au monde.
Je suis fasciné par toutes ces immeubles qui dominent le grouillement d’en bas. Une des plus grande mégapole du monde : entre 22 et 25 millions d’habitants ;  on ne sait plus trop.
 Ici des gens travaillent ou courent après un misérable revenu, se réjouissent ou pleurent,  s’aiment ou se détestent , font l’amour ou meurent…. Une moyenne de trente meutres par jour.
Ici échouent quotidiennement sur le bitume ou sous les ponts les damnés  de la terre. On les appellent les 3 T. Les sans Terre, sans Toit, sans Travail.

La vie direz-vous… mais quelle vie ? Notre chaleureuse soirée dit l’amitié  et la fraternité.  Elles sont belles.
En est-il partout  ainsi dans cette cité démesurée ? Comment préserver ou développer cette qualité  de vivre-ensemble malgré  les agressions extérieures, surtout visuelles et sonores ?
 En rentrant, retrouvant les rues et le monde d’en bas, il nous faudra faire attention, surveiller nos arrières, se méfier des inconnus qui, comme nous, s’interrogent sur les intentions de chacun. Le taxi nous évitera cette peur à  laquelle nos enfants s’habituent tout en étant sur leurs gardes.
Oui, comment préserver une vie digne de ce nom sans se laisser happer par le stress,  la peur, la course incessante pour ne pas trainer ou flaner dans la rue, preserver un quotidien qui ne laisse guère de place à la beauté et à l’émerveillement  ? Comment se protéger si ce n’est en se donnant un espace intime dans son lieu de vie dont l’entrée  est hyper sécurisée par double portillon, caméra et gardiens jour et nuit pour chaque immeuble ? Mais est-ce celà la vraie vie ?

Interrogation face à  cette fascination qu’est Babel…
Question de regard je pense. Apprendre à  voir les fleurs multicolores sur les arbres des rues, se réjouir de l’enfant qui coure après  les pigeons ou les poulets dans le parc mitoyen, quêter un regard  et sourire ensemble de connivence, goûter le moment présent et l’habiter de toutes ses forces, être heureux des rencontres prévues le lendemain ou le prochain WE, qui seront comme des visitations, tourner son regard à l’intime et tenter d’y trouver apaisement et joie profonde malgré tout …
Exercices parfois difficiles  pour qui a toujours vécu à la campagne ou dans un environnement serein.
Mais chemin obligé  pour ne pas tomber dans le métro-boulot-dodo abrutissant sans sens ni ouverture….
Mes enfants, mes amis, vous tous rencontrés ici et qui y demeurez, vivez au rythme intérieur de l’âme, cultivez la paix et l’amour entre vous, restons unis par delà l’océan et le temps. Ici, comme en France, l’avenir est sombre. Gardons-nous de la haine et de la violence.

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