Christianisme et Bonheur : compatibles ?

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(Ce post fait suite à la réflexion entamée ici : C’est quoi le bonheur pour vous ?)

Sacrée question !  Le message de liberté et de vie en plénitude du Christ a été tellement enfouie depuis des siècles par des considérations humaines désastreuses sur le sens de la souffrance, sa nécessité, la mort, la vie éternelle pour après, les sacrifices expiatoires, l’enfer et autres « bondieuseries »…
Le Maître de la Vie qu’était le Christ doit se retourner dans sa tombe … puisque certains l’y remettent allègrement ! ! ! 

Le Christ est venu apporter la Vie et l’apporter en plénitude, en surabondance. C’est lui-même qui le dit !
Donc, inutile pour les chrétiens de faire des gueules d’enterrement et de s’auto-flageller pour gagner son ciel … 
Le Ciel c’est le Christ et le Christ est en nous. Et ça, c’est pour maintenant !
Alors comment est notre Ciel intérieur aujourd’hui ? Au beau fixe, en tempête ou en grisaille ?

Par où et comment aborder la notion de bonheur auquel nous invite le Christ ?
je vous propose quelques flashes glanés dans les Évangiles :

« Bienheureux ! »

Je serais curieux de connaitre le nombre d’occurrences de ce mot bienheureux ou heureux dit par le Christ dans les évangiles. Elles sont nombreuses. Il y a, bien sûr, les 8 Béatitudes qui commencent par ce qualificatif. Le Christ l’emploie souvent. Le « Sermon sur la montagne » (Matthieu 5) est La référence quand on parle du bonheur dans les Évangiles. C »est un « monument » littéraire passé dans le patrimoine mondial. Comme si chacun était ou se sentait concerné.
Déroutant d’ailleurs, car à vue humaine, cette bénédiction n’est pas le top ! Aux yeux de Dieu peut-être …
Je ne vais pas commenter « Les Béatitudes »  mais simplement souligner ce point : les 8 béatitudes sont encadrées par la première et la dernière (scoop !) et ces deux béatitudes emploient le présent. Toutes les autres, de la seconde à la septième, sont au futur, comme une promesse.
Pour les pauvres et les persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux. Pour le Christ, il y a comme un bonheur, un trésor, qui peut être puisé au cœur de situation de pauvreté et de persécution face à l’injustice.
Elles seraient un chemin possible pour bénéficier dès maintenant d’une félicité ? Un peu fort de café quand même ! Que pouvons-nous entendre ? A chacun d’écouter en lui …
Je pense à Asia Bibi cette Pakistanaise persécutée et emprisonnée pendant des années au nom de sa foi : Le vrai bonheur serait-il d’abord intérieur et en lien avec Celui auquel nous croyons ?

« Tu es mon fils bien aimé ! »

Parole de Dieu à son Fils Jésus lors de son Baptême. Elle est pour nous aussi. Voici comment Léone Bréard, fondatrice de la communauté Tabgha, la commentait :
-« … Il y a sur nous une parole qui peut guérir et qui a pour tâche de guérir toutes nos blessures concernant nos origines : « Tu es mon fils bien aimé !… Ton père et ta mère s’en sont peut être mal tirés, TU es mon fils bien aimé ! ». Ça, c’est quelque chose, si vous dites et redites et réécoutez cette parole, si vous relisez ce passage d’Évangile dans Matthieu 3/17, vous allez entrer dans un bonheur, dans une consolation qui attend en vous et que Jésus seul peut apporter et la communion à Jésus peut apporter ce bonheur là… « 
Paroles fortes que Dieu nous adresse personnellement dans un « tu » qui nous appelle à dépasser nos misères, notre petit « je » pour nous inscrire dans une relation d’amour avec Lui.
Le bonheur nous serait-il apporté par quelqu’un d’autre ?

« Je suis doux et humble de cœur ».

Facile à dire ! Mais comment ?
Dans un lieu de douceur et de humilité qui nous constitue.
Pour dire qui il était dans son humanité, le Christ a affirmé  : « je suis doux et humble de cœur ». Ce sont les seules paroles de lui pour « dire » sa personnalité, son caractère. Non pas la douceur gnangnan, mais celle dont il dira comme étant source de bonheur « Heureux les doux car ils posséderont la terre … » (Matthieu 5, les béatitudes). Quand le Christ proclame cet « heureux » il y met (en grec) l’idée d’une marche, d’une avancée, d’un non-stationnement. et aussi l’idée d’une Allégresse dans ce fait de marcher et de ne pas s’installer. Florin Callerand de la Roche d’ortraduit le « Heureux les doux » par « Allégresse des hommes marcheurs au Souffle de l’Esprit de douceur… »
Avanti ! On peut marcher dans son cœur et sa tête en étant immobile. Une avancée ne se fait peut être que comme ça…
Quand à l’humilité, il ne s’agit pas de s’effacer, de s’anéantir… Au contraire ! il s’agit de la reconnaissance de la grandeur de l’homme, de notre grandeur, qui a été façonné par Dieu, comme l’argile dans les mains du Potier, lors de la création de l’homme avec la terre glaise (Genèse 2 – Humus, humilité ont la même racine). Il s’agit donc, non de reconnaître et/ou de se complaire dans sa petitesse et dans sa (fausse) humilité, (qu’est ce qu’on sait faire ça, que de se rabaisser !) mais au contraire, se dresser dans cette humilité qui est de se reconnaître, beau, grand, à l’image de Dieu, créé par lui  !
Quand le Christ se définit lui-même ainsi doux et humble, lui, l’Homme par excellence pour moi, alors, par communion, par participation à cette Humanité, je suis, nous sommes, originellement « doux et humbles de cœur ».
Voilà des lieux d’intériorité à habiter et à faire grandir : douceur et humilité en nous sont constitutifs de notre être-Un en Christ et chemin vers le bonheur.

« Je vous enverrai l’Esprit « 

Peut-on y arriver tout seul ? Cette promesse de Jésus avant sa mort nous dit que nous ne pouvons pas nous en sortir seuls. Sans son Esprit, pourtant sans cesse à l’œuvre dans les monde et dans les hommes, nous ne pouvons pas nous dépatouiller par nous-mêmes.
Pouvoir, avoir raison, prestige nous minent et nous met en situation de suffisance, de conflits, de meurtres, d’injustice. Quand le Christ nous fait cette promesse, il nous invite à accueillir cet Esprit et à œuvrer avec lui dans notre « Monde », à y mettre avec lui douceur, bonté, justice, fraternité. Vous vous rendez-compte ?

Nous sommes co-créateurs avec lui de l’avènement d’un Monde nouveau.
Qu’est ce qui se dit derrière cette affirmation ?
Tout « bêtement » la « Vérité » de Dieu, loin des clichés et des images de toute puissance jupitérienne, de Dieu vengeur, culpabilisant…. Non ! Ce Dieu qui donne son Esprit est celui qui, sur la Croix, « remet son Souffle » à l’Humanité avant d’ex-pirer. A nous de poursuivre avec bonheur ce chemin, cette marche avec lui.
Derrière cette affirmation, il y a aussi la » Vérité » de l’Homme, fait à peine moindre qu’un Dieu, appelé à partager la vie divine. Athanase, père de l’Eglise des premiers siècles, disait « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Quel « projet » ! Mais qui est laissé à la liberté et au bon vouloir des hommes.

« A chaque jour suffit sa peine« 

« …Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit….Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux… »

 Cette capacité d’émerveillement que le Christ nous invite à faire nôtre est un lieu également de consentement à l’instant présent. Il dira aussi : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
Accepter ce qui est, est et ne pas s’épuiser à prévoir, organiser, maîtriser. Il est des formes d’abandon qui libèrent. Y consentir dans une attitude de confiance, d’émerveillement et de remerciements peut nous ouvrir les porte de la simplicité et de l’action de grâce et nous poser dans un lieu de béatitude….

« Ils n’ont plus de vin !« 

Au-delà des paroles il y a les actes du Christ : il refuse toute souffrance et passe sa vie à guérir, panser, remettre debout, rendre dignité aux petits (pécheurs, prostituées, tous ceux qui entreront dans le Royaume avant nous !)
Je voudrais retenir un acte de lui, le premier de sa vie publique : il va à la noce !
S’il est un lieu où la joie et le bonheur se disent c’est bien un jour de noce. Or, que se passe-t-il ? La noce a le vin triste ! Le récit de Jean nous dit qu’il « changea l’eau de 7 jarres en vin » … et du bon et du beau (vin !)
St Jean ne nous raconte pas une histoire; mais dans l’écriture symbolique qui le caractérise, il nous dit que le Vin c’est l’Esprit donné en abondance à ras de jarres qui débordent pour l’Humanité… et que les Noces sont celles de Dieu avec tout le genre humain. Alors si nous sommes à la noce, avec un Vin qui réjouit le cœur des hommes,  avec notre Dieu, c’est pas du bonheur ça ?
Pour être heureux il nous faut marcher au Souffle de cet Esprit. Nous marchons trop à la règle, au devoir, aux normes, à la loi et même … au service …
Ces marches tristes défigurent Dieu et nous défigurent en même temps. La nouveauté des Évangiles c’est un in-édit, un in-oui qui fait du neuf de nos vies maintenant. Ce neuf nous parle de Dieu.
On parle aujourd’hui trop de lui, sur lui, savamment, ou moralement (de cette morale qui tue), … on en sait et on en dit des choses sur lui, lui l’Inconnaissable, l’Insaisissable … .
Taisons-nous et écoutons-le plutôt nous parler dans ces temps et ces lieux secrets que nous nous donnons et lui donnons pour le recevoir et recevoir le don qu’il est. Car Dieu se donne.

« Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait »…

Et voici son acte ultime avec ses apôtres. Il est à contempler comme l’acte par excellence qu’il nous laisse pour être heureux.
Si Dieu se donne comment le fait-il ? Où est-il ? Il n’y a pas trente six réponses : Une seule suffit : C’est dans l’homme. Le lieu de Dieu c’est l’homme. C’est quand même pas pour rien qu’il s’est incarné ! Le lieu de Dieu c’est la chair des hommes. Peut-être pour ça qu’il est surtout présent dans les frères en souffrances, en détresse, en désolation… « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait »…
Les hommes, le cœur des hommes, lieux de communion et de miséricorde.
Comment le Christ le montre alors dans son geste ultime ?
En lavant les pieds de ses disciples. (à découvrir dans Jean 13)
Étonnant que Jean rapporte ce lavement des pieds en lieu et place de la dernière Cène ne trouvez-vous pas ? Au cours d’un « souper » (c’est-à-dire dans l’ordinaire d’un repas quotidien) Jean met l’accent sur le sacrement du frère. La dernière consigne de Jésus à ses apôtres avant sa mort n’est pas d’aimer Dieu mais d’aimer l’homme !

La source du bonheur c’est de se faire le serviteur de tous.
Imaginons ! c’est le travail d’un esclave que de laver les pieds d’un juif. Impensable que les juifs se lavent les pieds entre eux. Et on croit que Jésus s’abaisse là.
Mon œil ! Quand il est dit qu’il quitte son vêtement c’est une manière de dire qu’il se revêt de la dignité de Dieu qui n’est que Service et Amour. C’est une invitation qu’il nous faut changer d’identité (le vêtement dit l’identité d’une personne chez les juifs) et revêtir du neuf .
C’est quoi ce neuf ?
Peut-être renoncer en priorité à voir ou mettre Dieu dans les nuages, extérieur à nous ?
S’habiller de l’Esprit de Dieu, celui qui nous invite à quitter nos contingences humaines, nos vérités toutes faites, nos croyances enkystées dans le roc de nos habitudes de toujours ?
Se faire le prochain de nos contemporains ?
Se mettre à genoux symboliquement devant les hommes par le service et un regard de Miséricorde ?
Rayonner de la douceur et de la joie qui nous constituent originellement ?
Etre pur comme il sera question plus loin dans ce texte de Jean 13 ?
De cette pureté qui consiste à accueillir l’Amour donné et de se laisser aimer par Dieu contrairement à Pierre qui pensait vouloir se purifier par lui-même ?
Etre pur c’est peut-être aussi prendre conscience qu’on ne peut se réaliser, ou se sauver ou trouver le bonheur par soi-même…

Peut-être appliquer la seule parole de Jésus que Saint Paul rapporte :

« Comme le dit le Seigneur Jésus, il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».
(Actes 20/35)


Et si le bonheur était dans le Don ? dans le Partage ? ceux à accueillir et ceux à offrir …

… et si c’était encore autre chose ?

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