L’Internationale de la haine attaque le pouvoir en brandissant la Bible

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« En Amérique latine, aux États-Unis et en Europe, nous assistons à la progression d’organisations et de partis politiques d’extrême droite, qui forment un réseau parfaitement structuré et coordonné à l’échelle mondiale, organiquement lié à des groupes religieux fondamentalistes, en particulier des évangéliques, pour constituer ce que Nazaret Castro appelle « l’Internationale néofasciste » et que je qualifie d ‘« Internationale chrétienne néofasciste ». Cela se produit dans les différentes religions et églises, y compris l’Église catholique, pendant le pontificat réformateur du pape François, qui a ses adversaires au sein de la Curie romaine et dans un secteur important de l’épiscopat mondial.

manifestation de HazteOír

… À la suite de ces événements qui ont eu lieu dans différents pays, nous devons parler d’une alliance fasciste chrétienne-biblique-militaire-néolibérale-patriarcale qui coordonne les actions sur tous les continents et spécialement en Amérique latine et qui utilise effrontément le nom du Christ. Et qui le fait avec d’excellents résultats : elle renforce les gouvernements autoritaires, renverse les présidents élus démocratiquement, mène des coups d’État, emprisonne ses opposants politiques, légitime le néolibéralisme comme religion monothéiste du marché et s’oppose à l’approbation de lois défendant les droits sexuels et reproductifs des femmes.

Nous sommes confrontés à une manipulation grossière de la religion et à une perversion du sacré pour soutenir le discours de haine et les pratiques des partis d’extrême droite partout dans le monde, ce qui ne ressemble en rien à l’orientation libératrice et égalitaire des origines du christianisme.

Le néofascisme chrétien se nourrit de la haine, grandit et en jouit et promeut la haine parmi ses adeptes et prétend l’étendre à tous les citoyens. Dans son livre, La obsolescencia del odio, (L’obsolence de la haine), l’intellectuel pacifiste, Günther Anders la définit comme « l’affirmation de soi et la constitution de soi au moyen de la négation et de l’anéantissement des autres ». Ce modus operandi est en contradiction directe avec la plupart des religions, en particulier le christianisme, avec son pardon et son amour pour le prochain et aussi pour les ennemis, et le renoncement à la vengeance comme dans « œil pour œil, dent pour dent ».

Cette haine se traduit par une série de déclarations dogmatiques et agressives sur : « la théorie du genre » qu’ils appellent avec mépris « l’idéologie du genre » ; le féminisme, défini comme « le nazisme féminin », « l’œuvre du diable » ; les programmes scolaires sur l’éducation sexuelle qui est interdite avec l’étiquette « Ne plaisante pas avec mes enfants » ; la violence de genre, en niant les preuves des milliers de féminicides qui ont lieu partout dans le monde ; les LGBTQI ; le mariage pour tous et l’homosexualité ; l’interruption volontaire de grossesse et la dénonciation de ceux qui la pratiquent ; les individus et groupes de migrants, réfugiés et personnes déplacées.

L’Internationale chrétienne néofasciste exige, par ailleurs, le renforcement de la famille patriarcale, insiste sur la soumission féminine, nie dogmatiquement le changement climatique et s’oppose aux mesures pour le combattre, pratique l’épistémicide, qui consiste à mépriser les connaissances et la sagesse qui ne sont pas conformes au modèle culturel de l’occident, manifeste une haine viscérale des musulmans, des juifs et des personnes de couleur, fondée sur des stéréotypes et des préjugés, s’oppose à la laïcité et favorise le théisme politique et la confessionnalisation chrétienne de la politique, de l’éducation et de la culture, est contraire à l’évolution et défend la théorie créationniste.

Elle a changé la carte politique et religieuse des États-Unis, elle est en train de changer celle de l’Amérique latine et de faire de même en Europe. L’entrée en politique du mouvement religieux fondamentaliste allié à l’extrême droite menace gravement l’autonomie de la politique et de la culture, la sécularisation de la société, la séparation entre État et religion et l’autonomie de la science. Pendant ce temps, elle démontre une insensibilité totale aux phénomènes de pauvreté et d’injustice structurelle, aux dictatures militaires, aux inégalités croissantes fondées sur des raisons d’ethnicité, de culture, de religion, de sexe, de classe sociale, d’identité sexuelle, etc.

Devrons-nous vivre avec cette Internationale de la haine et ses manifestations violentes ? Certainement pas. Je suis d’accord avec l’intellectuelle Carolin Emcke sur la nécessité de prendre l’engagement de louer ce qui est différent et « impur », de reconnaître d’autres types d’hommes et de femmes, de faire attention à la haine avant son déclenchement pour éviter ses conséquences mortelles, d’avoir le courage de la combattre comme condition préalable à la défense de la démocratie, d’adopter une vision ouverte de la société et d’exercer une capacité d’ironie et de doute dont les générateurs de haine font totalement défaut, enfermés dans leurs convictions absolues. »

Un texte de Juan José Tamayo itulaire de la Chaire de théologie et sciences des religions de l’Université Carlos III de Madrid.
A retrouver sur le site de NSAE

Source : https://elpais.com/elpais/2019/12/26/ideas/1577380016_285055.html

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