Les racines historiques du cléricalisme

Sur le site internet de l’Eglise de St Merry, paroisse ouverte sur la rue au cœur de Paris, Alain Cabantous s’interroge sur le rapport entre profane et sacré comme l’une des sources essentielles du cléricalisme. Pour lui, « on est immanquablement renvoyé au statut du prêtre issu du XIXè et à sa profonde remise en cause actuelle en raison, mais pas seulement, des découvertes quotidiennes des crimes de pédophilie et d’abus sexuels »….
Son article se termine vers un renvoi d’un interview de Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions,  dans Télérama (7 pages) en novembre dernier. Elle souligne justement que : « L’Église ne peut plus séparer la redéfinition radicale du sacerdoce comme service de la communauté et la reconnaissance pleine et entière de l’égalité des femmes dans tous les dimensions y compris sacramentaire de la vie de l’Église. L’invitation faite aux prêtres d’être proches de leurs ouailles, la place faite à quelques femmes dans les instances de pouvoir et même l’ouverture de l’ordination à quelques hommes mariés ne conjugueront pas le désastre. La question qui est sur la table est celle du sacerdoce de tous les laïcs. Une seule chose est sûre, la révolution sera globale ou elle ne sera pas et elle passe par une refondation complète du régime du pouvoir dans l’institution »

‘Mistica » des Sans-Terre et Gilets Jaunes

Drapeau des sans-Terre

Le mouvements des Gilets jaunes ne peut tenir, je crois, que grâce à ce que le mouvement des Sans terre (MST) appelle « la mystique », en portugais, « mistica ». Je voudrais rapidement exposer comment la mistica du MST a été un, sinon L’élément fondateur de leur mouvement qui lui a permis de trouver cohésion dans la durée et de puiser l’énergie nécessaire pour sa  lutte face aux grands propriétaires terriens.

L’analogie est grande entre l’ approche du MST et celle des Gilets Jaunes : Approche collective, refus d’une bureaucratie inhumaine, partage d’un idéal et créativité pour vivre cet idéal, symbole visuel, échanges et partages, propositions pour changer le système, rêve collective d’une société solidaire et juste, souci d’une éducation politique, recherche d’une visibilité citoyenne, recherche d’unité autour d’un idéal commun, préoccupations environnementales, désirs de réformes sociales et économiques, universalité de la lutte à mener contre toutes les formes de capitalisme,  « faire mémoire » des acteurs de l’histoire tombés sous les coups et la violence institutionnelles, approche non-violente …
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4 Chrétiens et Gilets jaunes

4 – La Doctrine sociale de l’Eglise (DSE)

Ce 4 éme  volet voudrait se focaliser sur la doctrine sociale de l’Église catholique.
Ne rigolez pas ! Si ! Si ! Il existe une doctrine sociale et même fort pertinente. J’ai même vu des communistes s’y référer et puiser des références pour leur engagement !

Peu de catholiques en revanche la lisent. Savent-ils même qu’elle existe ? Aussi, plus j’avance dans cette petite réflexion, plus je crains de donner des boutons à certains cathos…. tradis ou intégristes qui préfèrent se réfugier dans une religion décollée du réel.
Avec les 3 premiers posts j’ai essayé de montrer que nous sommes dans une fidélité du croyant envers son Dieu de manière universelle et depuis tous les temps bibliques. Du moins tentons  nous d’être fidèles à cette cohérence de foi. 
Pour situer mon propos lire l’intro de mon premier post :
Et voila donc maintenant que l’Eglise met son grain de sel aussi dans cette dimension politico-économique du vivre-en-commun. Mais n’est-ce pas cela l’incarnation ? et ce n’est pas piqué de vers par sa manière d’ enfoncer le clou !

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Chrétiens et Gilets jaunes 3

3 La théologie de la libération

Après la libération des hébreux de leur esclavage en Egypte, la vie du Christ comme appel à refuser toute compromission, je voudrais aujourd’hui, dans ce troisième volet, aborder la Théologie de la libération comme légitimation de la protestation contre la misère . Et ceci en tant que chrétien. 
Pour situer mon propos lire l’intro de mon premier post :

C’est quoi cette bête là ? Wikipédia (j’ai beaucoup emprunté à ce site pour cet article) résume en ces mots : La théologie de la libération est un courant de pensée théologique chrétienne venu d’Amérique latine, suivi d’un mouvement socio-politique, visant à rendre dignité et espoir aux pauvres et aux exclus et les libérant d’intolérables conditions de vie.
Enracinée dans l’expérience biblique du peuple juif guidé par Dieu au-delà de la mer Rouge et à travers le désert — d’une terre d’esclavage (Égypte) à la Terre promise (Exode, ch. 12 et suivants) — elle est un « cri » prophétique pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un « Règne de Dieu » commençant déjà sur terre. La réflexion théologique part de la base : le peuple rassemblé lit la Bible et y trouve ressources et inspiration pour prendre en main son destin.

Ce courant a eu et a toujours mauvaise presse dans les milieux traditionalistes chrétiens et surtout catholiques. On devine le pourquoi : un peuple qui prend en main son devenir et lutte pour plus de justice et de dignité devient responsable et n’est plus aussi manipulable par les gens de pouvoirs tant civils que religieux. Si vous ajouter le fait que, pour entrer dans cette lutte d’humanisation, il faille comprendre le pourquoi de leur état de pauvreté de misère ou d’exploitation il n’y avait à l’époque comme outil de « décodage » (et sans doute encore aujourd’hui) que l’analyse marxiste pour comprendre les rouages du système dans lequel ils se trouvaient dépendants. Mon Dieu ! Des communistes ! Continuer la lecture de « Chrétiens et Gilets jaunes 3 »

Chrétiens et Gilets jaunes 2

2) La vie du Christ comme appel à refuser toute compromission

Jésus chasse les vendeurs du Temple

Après la sortie d’Egypte, je voudrais aujourd’hui aborder la vie du Christ comme appel à refuser toute compromission. Pour situer mon propos lire l’intro de mon premier post :

C’est déjà difficile d’accepter, pour certains chrétiens, que le Christ soit mort du fait des autorités religieuses en place. Du fait de leur collusion avec le pouvoir politique de l’époque. Encore plus difficile pour eux d’accepter son refus de toute religion qui enferme, dénature toute relation avec la transcendance qu’il appellera « Père ».  Et vraiment, vraiment difficile, qu’il mette au rebut règles, lois commandements, dogmes si ceux-ci ne sont pas vécus dans l’ordre de l’amour fraternel.

Il reprend à son compte ce qui pressentaient les prophètes de l’ancien temps en disant « C’est l’amour que je veux, et non les sacrifices. »
Matthieu illustrera le concret de cette invitation par cette parabole :
“… J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!”et fera dire au Christ « je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.”
C’est concret, c’est la religion du frère, en particulier de celui qui est dans l’inhumanité profonde. Continuer la lecture de « Chrétiens et Gilets jaunes 2 »

Chrétiens et Gilets Jaunes 1

Chrétiens et Gilets jaunes

Peut-être serait-il intéressant que les chrétiens (et les autres) s’ouvrent aux grands « événements » de l’histoire biblique,  aux paroles évangéliques et à la doctrine sociale de l’Eglise pour éclairer leur démarche vis-à-vis (ou avec) les gilets jaunes aujourd’hui.
Je voudrais en quelques posts reprendre quelques thèmes qui peuvent les « inspirer ».

Je retiendrais quelques approches qui m’ont éclairé dans ma réflexion.: la sortie d’Egypte, l’attitude du Christ durant sa vie publique, la doctrine sociale de l’église, la théologie de la libération et les appels du du Pape François.

Les attitudes frileuses de certains chrétiens m’interrogent. Des commentaires sur des réseaux sociaux de groupes dits « ouverts » (ou se positionnant comme tels) m’interrogent quant à leur critiques parfois épidermiques  sur la vie sociétale aujourd’hui; Vieux relents d’observances de l’autorité ? « Valeurs » chrétiennes d’obéissance, de respect, d’ordre, dénaturées ?  Vécu d’une religion (plus que de foi) désincarnée ou idéalisée, déconnectée des réalités d’aujourd’hui ? Morale personnelle en berne parce que sans référence ajustée ? Je m’interrogent sur cette fêlure/rupture entre foi et vie sociale/sociétale. Un de mes amis communistes s’exaspérait lors des dernières présidentielles : « mais, non d’un chien ! tous les chrétiens devraient être révolutionnaires comme le Christ ! ». Le « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » est bien pratique pour justifier ce qui me semble être une démission facile et tranquille. On oublie que « rendre à Dieu ce qui est à Dieu, » c’est faire en sorte que tout serve à la liberté, à la dignité, à la grandeur des  êtres humains. Cette parole du Christ demande qu’on cesse de servir l’argent comme un but en soi, pour lui-même, comme une idole, comme une source d’enrichissement au détriment des hommes.

Alors, loin de vouloir chercher justification ou explication et de vouloir tomber dans des débats houleux je voudrais partager  ci-après quelques convictions de croyant.

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Face au défaitisme et à la colère ambiante le catholique doit mettre en avant l’altruisme, la solidarité …

Suite au post précédent où je souhaitais mes vœux, voici un article des paroissiens progressistes qui prolonge ma réflexion de manière pertinente :

« Au moment où la désespérance est de mise et la colère grimpe, nous les catholiques ne soyons pas entre le soutien et l’accommodement à l’inacceptable. Il faut avoir le courage de s’y opposer, et défendre au nom de nos valeurs chrétiennes tous les persécutés et les humiliés de la société. Aujourd’hui encore, beaucoup de catholiques sont attentistes vivant sur la conception rigide de l’«autorité légitime». Il faut s’affranchir de cette théologie.

Les catholiques doivent découvrir leur capacité à résister, à prendre conscience de leur force. Les compromissions créent des situations confuses et équivoques qui ne reflètent ni la clarté ni la fierté des Évangiles, des Actes des apôtres et des Épîtres de Saint Paul. La foi chrétienne ne saurait se replier sur «la ligne intérieure de la religiosité», indifférente à la question du temporel.
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Le christianisme n’existe pas encore

Le titre provocateur de ce livre fait écho à une citation du philosophe Søren Kierkegaard (1813-1855).
Dominque Collin reprend à son compte pour expliquer que le christianisme historique et culturel est une sorte d’illusion qui permet aux chrétiens d’éviter de se demander s’ils sont encore fidèles à l’Évangile.
Quand donc le christianisme existera-t-il ? Quand il cessera de s’interroger sur son futur et se souciera davantage de ce qui manquerait d’essentiel à l’homme si l’Évangile n’était pas proclamé comme Évangile.
il s’en explique ici dans cette vidéo de 10 mn :

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Pour Noël, rien dans les Eglises ! …

« … parce que notre Peuple n est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël … »
Sainte colère sur la page facebook de Jacques Noyer  évêque d’Arras :

 » J’ai trouvé ! J’ai trouvé ce que l’Eglise de France devrait dire devant cette insurrection des fins de mois que nous connaissons. Elle devrait annoncer qu’on ne fêtera pas Noël cette année. Le 25 décembre sera un jour comme un autre. Rien dans les églises : pas d’office, pas de crèche, pas d’enfants. On va revenir aux dimanches ordinaires car l’Avent n’aura pas lieu.

Elle dira que notre peuple n’est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël. Le cri de désespoir qui le traverse est incompatible avec le mystère de Noël, avec l’espérance de l’Avent, avec l’accueil d’un enfant étranger.

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Mettre le Christ à sa juste place

En écho à mon dernier post où je déplorais l’absence ou l’oubli d’un « acteur » important dans ce qui se passe dans l’Eglise, à propos de Dieu Père, voici un article de Alain Weidert sur le site de la CCBF qui répond à mon interrogation. Il écrit bien mieux que je ne l’ai fait combien il est important de mettre le Christ à sa juste place et de nous décentrer de nos propres préoccupations. Continuer la lecture de « Mettre le Christ à sa juste place »